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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Episode 130 : Spécial

guillemetSteven, c'est quoi cette histoire ?" Betty triture nerveusement un mouchoir. "Est-il vraiment possible que Martin Peyton avait un frère… et un fils ?"

Steven regarde en direction de Bruce, qui termine son verre d'eau, et de Jack, qui se trouve à ses côtés. "Martin a toujours clamé que son frère était mort pendant la guerre.

- C'est peut-être un imposteur. Si le frère de Martin était en vie, on l'aurait su".

Eric intervient. "Sauf si Martin a fait tout son possible pour faire croire qu'il était mort. Steven, lorsque j'ai fouillé la chambre de Jack, j'y ai découvert des documents qui tendent à prouver que Jack est bel et bien le fils de Martin Peyton.

- Quoi comme documents ?"

Eric n'a pas le temps de répondre. La juge toussote. "Mr Peyton ? Êtes-vous prêt à continuer votre histoire ?

- Oui, Madame.

- Très bien. D'ordinaire, je ne laisserais pas une telle chose se produire dans mon tribunal, et j'aurais déjà classé l'affaire, mais j'ai le sentiment que Mr Cord doit connaître certaines vérités pour apprécier mon jugement. Continuez, Mr Peyton. Vous étiez sur le point de nous dire comment votre frère, Martin, a réussit à vous évincer de l'entreprise familiale.

- J’avais vingt ans. Mon père m’avait laissé les rênes de la Fabrique.

- Et qu'est-il arrivé ?

- Lucida McPherson, voilà ce qui est arrivé…

 

 

23 avril 1919

 

La gifle projeta Lucida MacPherson sur le sol marbré du petit salon de l’immense demeure familiale. Sa tête cogna le plancher avec un bruit sourd qui lui fit voir mille étoiles. Déterminée malgré la douleur qui lui vrillait crâne, elle se releva et défia son père du regard. « Je l’aime », murmura-t-elle.

Jeremiah MacPherson pinça les lèvres et asséna une nouvelle gifle à sa fille de quatorze ans. Lucida tomba de nouveau. Cette fois, ce fut son épaule gauche qui trinqua. Le père de Lucida écarquillait les yeux. « Comment peux-tu dire une chose pareille ? Tu n’as que quatorze ans. Tu ne connais rien de l’amour. »

Il pointa un doigt accusateur sur le ventre à peine gonflé de sa fille. « Quel est l’enfant de salaud qui t’as fait ça ! Dis-le moi. Je vais aller le tuer. »

Lucida ne douta pas une seconde des intentions criminelles de son père. Il était bien capable d’étriper l’homme qui l’avait mis enceinte. Elle se tut. Jeremiah se pencha, lui saisit un pan de sa robe et la traîna dans la pièce en hurlant « Tu vas finir par me dire qui t’a fait ça !

- Ca suffit, Jeremiah !

Emily McPherson entra dans le petit salon. Jeremiah se ressaisit. Il prit le temps de respirer à fond. Puis il tourna vers Lucida un regard remplit de haine. « Tu vas partir chez Tante Eugenie, en Angleterre. Tu vas avoir ce… Tu vas accoucher là-bas. Personne ne doit savoir ce qui s’est passé. C’est notre réputation qui est en jeu. 

- Maman… » Lucida jeta un regard implorant à Emily.

Mais sa mère se montra aussi intransigeante que Jeremiah. « Ton père a raison. Il présente sa candidature au Sénat et un scandale de ce genre peut lui coûter l’élection. Tu as fait une erreur, Lucida. Tu dois en subir les conséquences. » 

La carapace que s’était forgée Lucida se brisa en quelques secondes et la jeune fille se mit à déverser un flot continu de larmes.

Dans la pièce contiguë au salon, Martin Peyton jouait au poker menteur avec le frère de Lucida et un autre ami. Il avait entendu la conversation. Il réprima un sourire. Il avait enfin trouvé le moyen de se débarrasser de son frère Bruce.

 

 

26 avril 1919

 

Martin trouva son frère aîné adossé contre le kiosque à musique, dans le square de Peyton Place, non loin de la statue de leur ancêtre Samuel Peyton. Martin avait dix-huit et Bruce vingt, mais Bruce semblait plus jeune et plus chétif que son jeune frère.

Bruce avait une mine affreuse et Martin en devinait la raison. Il contempla un moment Bruce à l’ombre d’un chêne. Il avait enfin trouvé un moyen de se débarrasser de lui. C’était maintenant ou jamais.

Il s’approcha de Bruce. « Salut frangin. On dirait que ça ne va pas fort. »

Bruce leva vers Martin un regard vitreux. « Qu’est-ce que tu veux ? Fiche-moi la paix ! »

Martin haussa les épaules. « J’ai l’impression que quelque chose te tracasses. Tu veux m’en parler ? »

Bruce eut malgré lui un petit rire moqueur. « En parler ? Avec toi ? Laisse tomber.

- Tu n’es pas obligé de me dire ce qui ne va pas. De toute façon, je suis au courant.

- Comment est-ce que tu pourrais être au courant ? Tu ne t’intéresses à personne d’autre qu’à toi.

- Quelque chose me dit que ta mauvaise humeur a un rapport avec Lucida MacPherson.

Soudain, Bruce le saisit par le col de sa chemise et le plaqua contre le kiosque à musique, si violemment que Martin en perdit sa casquette. Le visage de Bruce était rouge. « Qu’est-ce que tu sais sur Lucida MacPherson ? »

Martin essayait de reprendre son souffle. « Doucement, frangin…

Bruce maintenait la pression, les yeux exhorbités. « Tu as intérêt à me dire ce que tu sais sur Lucida ».

- Du calme… Lâche-moi d’abord.

Bruce relâcha finalement la pression. Martin reprit son souffle. « Je sais que Lucida est ta copine.

- Comment est-ce que tu l’as appris ?

- Je suis ami avec son frère, ne l’oublies pas. Vos petites rencontres en cachette n’ont rien de secret pour moi. Je sais aussi que Lucida est partie.

- Où ? Et pourquoi ?

- A mon avis, tu devrais laisser tomber cette fille.

- Combien de fois je t’ai déjà dit te t’occuper de tes oignons ? »

Martin haussa les épaules. « Imagines que cette histoire arrive aux oreilles de Papa… Comment crois-tu qu’il réagira ? »

Bruce pinça les lèvres. « Tu ne vas rien lui dire…

- Ca risque de faire beaucoup de bruit. Un scandale incroyable. Toi avec une fille d’à peine quatorze ans. Certes un beau parti, mais un peu jeune, non ?

- Tais-toi ! Est-ce que tu sais où se trouve Lucida ?

- Il faudrait savoir ce que tu veux, frangin. Tu me demandes de me taire et ensuite, tu me poses une question. Je ne suis plus.

- Arrête ça, tu veux. C’est important. Lucida n’a plus donné de nouvelle depuis trois jours.

- Elle est en Angleterre.

- En Angleterre ? Mais pourquoi ?

- Pour y accoucher. Et faire adopter son enfant.

Bruce accusa le coup. « Ce n’est pas possible ! Tu racontes n’importe quoi !

- J’étais là quand le vieux MacPherson a apprit la nouvelle. Je te le donne en mille, il n’a pas bien réagit. Il a rué de coups Lucida. Il espérait sans doute qu’elle fasse une fausse couche. »

Bruce se mit à trembler. Il s’assit sur l’herbe. Ses forces semblaient l’abandonner. « MacPherson est au courant… »

Jeremiah MacPherson, directeur d’une chaîne de banques du même nom, était réputé pour être une brute sans scrupules. Tout le monde le craignait, y compris la famille Peyton. D’un seul geste, il pouvait ruiner la vie de familles entières en difficultés financières. Les Peyton étaient en négociation difficile avec la banque MacPherson pour un prêt. Si MacPherson apprenait que c’est un Peyton qui a mis sa fille enceinte, tout serait fini pour l’entreprise familiale.

Martin devinait les pensées de Bruce. Il s’assit à côté de lui. Bruce était désemparé. « Il ne doit jamais savoir, tu entends ! Personne ne doit rien savoir. »

Martin haussa les épaules. « Il se peut que je ne dise rien. »

Cette phrase fit réagir Bruce qui tourna la tête vers lui. « Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Martin semblait satisfait du déroulement de la conversation. « Ca veut dire que c’est donnant-donnant. 

- Tu veux me faire chanter, c’est ça ?

- Disons plutôt que je veux une solution équitable pour tout le monde.

- Arrête de tourner autour du pot. Qu’est-ce que tu veux en échange de ton silence ?

- La Fabrique Peyton. »

Bruce n’en croyait pas ses yeux. « Rien que ça ?

- Bruce, pour Papa, je suis le petit dernier de la famille. Je n’ai jamais réussi à m’imposer. Toi, il t’a nommé directeur de la Fabrique, et je suis encore à rédiger les comptes de la société. Je vaux plus que ça.

- Tu veux que l’on se partage la direction de la Fabrique ? »

Martin secoua la tête. « Tu n’as pas bien compris, frangin. Je veux la Fabrique. Pour moi. Je veux en devenir le Directeur. »

Cette demande était tellement saugrenue que Bruce ricana. « Tu es tombé sur la tête. Jamais je ne te cèderai la Fabrique.

- Alors dans ce cas, MacPherson sera mis au courant. Il ne nous accordera pas de prêt, tu recevras la dérouillée de ta vie, d’abord par lui puis par papa. Maman sera morte de chagrin.

- Comment peux-tu être aussi vindicatif.

- Tu as toujours eu tout ce que tu voulais dans la vie. Tout a été facile pour toi. Tu n’as rien fait pour obtenir ce poste de directeur. Moi je dois continuellement faire mes preuves. Je veux être le Directeur de la Fabrique. Papa pourra te trouver une autre place ailleurs. »

Martin se leva. « Tu n’as pas le choix, Bruce. Comme a dit Emily MacPherson à sa fille : tu as fait une erreur. A toi d’en subir les conséquences. Je te laisse deux jours pour réfléchir. »

 

Il en fallut moins à Bruce pour prendre sa décision. Martin avait gagné. Il allait lui donner le poste de Directeur. Mais il savait aussi qu’il n’avait plus rien à faire à Peyton Place.

Il disposait d’une somme assez conséquente sur son compte en banque pour refaire sa vie ailleurs. Trois jours après sa conversation avec Martin, Bruce quitta Peyton Place et n’y remit plus jamais les pieds.

 

***

 

 "J’ai connu Lucida MacPherson au printemps 1919. Un joli brin de fille, Madame la juge. Vous auriez dû la voir. Elle incarnait l'élégance et à la beauté dans toute sa splendeur. Nous étions tombés très amoureux l'un de l'autre. Et Martin, qui n'avait alors que 18 ans, a vu en cette idylle le moyen de se débarrasser de moi.

- Quel moyen ?

- Lucida était certes belle, mais aussi jeune. Très jeune. Trop jeune. Elle n'avait que 14 ans. Les parents de Lucida étaient autoritaires et n'auraient jamais permis que leur fille puisse tomber amoureuse à cet âge. Martin a découvert notre liaison et à menacer de tout dire à nos parents et à ceux de Lucida.

- Avait-il un moyen de pression ?", intervient la juge.

"Lucida et moi avions fait l'amour. Elle est tombée enceinte. Ce fouineur de Martin a tout découvert. Lorsque le père de Lucida a apprit que sa fille attendait un bébé, il l'a envoyée  accoucher à l'étranger, et il a promit de tuer le fils de salaud qui l'a mise enceinte dès qu'il aura découvert son identité. Lucida est restée muette. Avant de la renvoyer à l'étranger, son père l'a ruée de coups pour qu'elle parle, mais elle n'a jamais rien dit. Seul Martin était au courant. Il m'a menacé. Il m'a fait chanter. Il voulait la direction de la Fabrique où bien il déballerait toute l'histoire.

- Et qu’avez-vous fait ?

- J’ai quitté Peyton Place. La haine que j'éprouvais envers mon petit frère de dix-huit ans dépassait tout entendement. Chaque jour qui passait me rappelait au triste souvenir de ce qu'il m'avait fait subir. A cet exil que je n'avais pas voulu. Mes parents n'ont jamais su la vraie raison de mon départ. Martin n'a jamais rien dit".

Un lourd silence s'abat dans le tribunal.

Bruce prend une profonde respiration avant de reprendre. "Je me suis installé à Denver, dans le Colorado. Je pensais que les rocheuses pouvaient me protéger de la folie de mon jeune frère. Je voulais qu'il souffre comme il m'a fait souffrir et comme il a fait souffrir nos parents. Martin Peyton était un être abjecte, que seule la soif de pouvoir maintenait en vie. Dès mon arrivée à Denver, je ne pensais qu'à une chose, me venger de lui".

Bruce fait une nouvelle pause en respirant profondément. La juge se penche vers le vieil homme. "Mr Peyton, voulez-vous faire une pause ?

- Oui, Votre Honneur. Je dois prendre mes pilules pour le cœur.

La juge frappe avec son marteau. "Parfait. Nous reprendrons dans cinq minutes".

 

 

25 Octobre 1929 – 14 h 30

 

Elle leva ses grands yeux noirs vers lui et aussitôt, Martin Peyton fut subjugué. Il était comme envoûté par ce regard candide. Cette fille était d’une beauté indéfinissable et son cœur se mit à chavirer. Elle battit des cils. « Que puis-je pour vous ? »

Sa voix était un vrai délice à l’oreille. Martin ne pouvait détacher son regard. Ses lèvres étaient dessinées d’une façon parfaite, ses pommettes rehaussées et de longs cheveux roux complétaient ce tableau idyllique. Cette fille devait avoir à peine la majorité. Et encore !...

Martin s’éclaircit la voix. « Je suis venu voir Bruce Peyton.

- Aviez-vous rendez-vous ?

- Non, mais je pense qu’il voudra me voir.

- Qui dois-je annoncer ?

- Je suis Martin Peyton, son jeune frère.

La jeune fille écarquilla les yeux. De toute évidence, elle n’avait jamais entendu parler de lui. Elle déploya ses jambes interminables et entreprit la marche la plus sensuelle qu’il a jamais été donné à Martin d’admirer.

 

Assis devant son somptueux bureau en chêne massif, Bruce Peyton lisait avec attention le Denver Tribune qui relatait l’émeute à l’extérieur du New York Stock Exchange suite à la chute vertigineuse du Dow Jones.

Bruce secoua la tête. Le krach boursier l’avait pour l’instant épargné. On avait plus que jamais besoin de papier et sa fabrique n’avait pas vu les cadences s’amenuiser pour l’instant. Il se considérait comme un privilégié.

Sa jeune secrétaire frappa à la porte avant de l’entrouvrir. Bruce émit un petit ricanement. Il n’aimait pas être dérangé pendant sa lecture. « Qu’est-ce qu’il y a ! »

La jeune femme bomba le torse et offrit ses formes généreuses à la vue de Bruce. « Un homme qui dit s’appeler Martin Peyton est ici. »

Le sang de Bruce ne fit qu’un tour. Pendant un moment, il ne put réfléchir. Martin…. Dix ans s’étaient écoulés depuis cette triste histoire. Bruce essayait de ne pas y penser. De ne pas penser qu’il avait perdu sa famille à cause de son frère, qu’il avait perdu un enfant qui devait avoir dix ans maintenant, et une fille dont il était fou amoureux.

Il balaya ses souvenirs d’un geste et maugréa : « Qu’est-ce que tu attends pour le faire entrer ! »

Martin Peyton n’avait pas beaucoup changé. Il n’avait pas encore trente ans, mais il avait toujours ce visage déterminé, prêt à détruire tout ce qui peut se mettre sur son chemin. Il sourit à Bruce comme s’il l’avait quitté la veille. « Tu n’as pas changé, frangin. »

Bruce se leva. « Comment m’as-tu retrouvé ? »

Martin haussa les épaules, comme il en avait souvent l’habitude. « Avec les moyens des Peyton. Détectives privés et tout le tralala. Ca n’a pas été difficile puisque tu n’avais pas changé de nom.

- Qu’est-ce que tu veux ? »

Martin ironisa. « Ca va bien, merci…

- Arrête ton cirque. Qu’est-ce que tu veux ? »

Martin prit une profonde inspiration. « Très bien. Je vois que tu m’en veux encore de t’avoir évincé de l’entreprise familiale. Ca fait pourtant dix ans, il devrait y avoir prescription. Tu ne m’offres pas un verre ?

- Tu ne manques pas de toupet.

- Ta secrétaire… C’est une vraie bombe. Tu les aimes toujours aussi jeunes…

- Je ne sais pas ce qui me retient de te foutre mon poing dans la figure. »

Martin ignora sa remarque et regarda autour de lui. « Et bien, je vois que tu as réussi dans les affaires. Maman et Papa t’ont recherché pendant de nombreux mois après que tu sois parti. Maman était folle de chagrin.

- La faute à qui ? »

Martin lève les bras, l’air innocent. « Eh attends ! Je ne t’ai jamais demandé de quitter Peyton Place.

- C’était tout comme. Je n’avais pas beaucoup le choix. Soit je refaisais ma vie ailleurs, soit je restais à Peyton Place comme ton larbin.

- Père n’a jamais compris pourquoi tu es parti. Et pourquoi tu m’as laissé la direction de la Fabrique.

- Je n’ai pas envie de parler du passé.

- Parfait, parce que je suis venu te parler de l’avenir. »

Bruce ricana. « Laisse-moi deviner… La Fabrique est en difficulté. C’est pour ça que tu viens me voir, n’est-ce pas ?

- Les temps sont durs, nous sommes en pleine crise. J’ai appris que tu t’en sortais plutôt bien.

- Et… ?

- Je suis venu te demander de l’aide. La Fabrique est au bord de la faillite. Nous avons besoin de nouvelles machines pour produire le textile. Et ce ne sont pas les banques qui peuvent nous aider en ce moment.

- Et qu’est-ce que tu attends de moi ? Que je te prête de l’argent ?

Martin secoua la tête. « Je veux que tu reviennes à Peyton Place. Je te propose de devenir un associé à part entière de la Fabrique. »

Bruce ne put s’empêcher d’éclater de rire. « Toi et moi associés ! Après ce que tu m’as fait. Tu m’as chassé de Peyton Place et t’es arrangé pour prendre ma place à la Direction et tu veux…

- Je croyais qu’on ne parlait pas de passé.

- Tu ne manques pas d’air. Donne-moi une seule raison d’accepter.

- La famille. La Fabrique Peyton est une entreprise familiale créé par Samuel Peyton, notre ancêtre. Pense à notre père. A sa mémoire. »

Bruce fronça les sourcils. « Tu n’espère tout de même pas me faire couler des larmes. 

- Je veux que tu comprennes à quel point la Fabrique Peyton est importante. C’est ton héritage autant que le mien.

- S’il n’y avait pas eu le krach boursier, jamais tu ne serais venu me voir.

- Oui, tu as raison. Mais il se trouve que la Fabrique a besoin de toi. Tu vends ta société de papeterie à un bon prix et tu investis dans la Fabrique. On fera du bon boulot ensemble. »

La colère jusqu’à présent contenue de Bruce remonta à la surface. Son visage s’empourpra. Comment cet homme osait-il venir lui proposer de s’associer ? Cet homme qui avait détruit une partie de sa vie… « Tu me dégoûtes. Fiche le camp d’ici ! Je ne veux plus jamais te voir, ni même entendre parler de toi. Tu n’es plus mon frère. Je n’ai plus de famille. »

Martin soupira. « Je me doutais de ta réaction. » Il sortit une carte de la poche de sa veste. « Si tu changes d’avis, contactes-moi. Je suis descendu à cet hôtel. J’y resterai jusqu’à la fin de la semaine. »

Martin tourna les talons et disparut de la pièce.

Il fallut quelques minutes à Bruce pour se ressaisir. Cette conversation l’avait ébranlée. Il fallait qu’il réagisse. Depuis qu’il était parti de Peyton Place, il essayait d’oublier Martin, ses parents, Lucida et l’enfant qu’elle avait dû abandonné en Angleterre. Aujourd’hui, tout lui revenait en mémoire, comme un coup de poing en pleine figure. Et ça faisait mal. Le plus dur, c’était cet enfant… la chair de sa chair qu’il n’aura jamais le bonheur de tenir dans ses bras, de voir grandir. Il ne savait même pas si c’était un garçon ou une fille.

Martin n’aurait jamais dû venir à Denver. Il n’aurait jamais dû oser. La soif de vengeance venait de refaire surface. Il savait ce qu’il devait faire. Son plan n’était pas simple et rien ne disait qu’il allait fonctionner, mais cela valait la peine d’essayer. Il décrocha le combiné du téléphone. « Annie, viens. »

 

 

 

 

25 Octobre 1929 – 18 h 30

 

En ouvrant la porte de sa chambre d’hôtel, Martin Peyton n’en revint pas. La créature de rêve qu’il avait vue chez son frère était plantée devant lui. Le rouge de ses lèvres parfaitement dessinées brillait d’un éclat charnel. Elle était encore plus sensuelle que cet après-midi. Son deux-pièces moulant ne cachait rien de ses formes parfaites. Martin ressentit un désir sexuel comme jamais auparavant. Il avait envie de posséder cette fille, de se plonger en elle avec délectation.

Il respirait fort. « Bruce a changé d’avis ? 

- Ce n’est pas Bruce qui m’envoie. »

Martin s’écarta et la jeune femme entra dans la chambre. « Que puis-je faire pour vous, jeune demoiselle ? »

La jeune femme jeta un regard sur le minibar situé sur la droite. « Je m’appelle Annie. Vous m’offrez un verre ? »

Martin s’empressa de remplir un verre de gin à la jeune Annie et le lui tendit. « Très bien, Annie. Je vous écoute.

- J’ignorais que Bruce avait un frère jusqu’à aujourd’hui.

- Disons que nous ne sommes pas en très bons termes lui et moi. »

Annie semble soulagée. « Tant mieux. Je peux donc vous parler librement, dans ce cas.

- Qui a-t-il Annie ? »

Annie s’approcha de Martin, au point de le frôler. Martin pouvait sentir son parfum envoûtant. « Bruce me fait peur… Il a parfois de drôles de réactions. »

Martin haussa les épaules. « Rien ne vous oblige à travailler pour lui.

- Je n’ai pas le choix. Mes parents sont morts l’année dernière et j’ai un loyer à payer.

- Quel âge avez-vous ?

- Dix-huit ans, Monsieur.

- Vous dites que Bruce vous fait peur ?

- Il est violent. Par moments, il m’arrive d’avoir très peur.

- Vous a-t-il déjà frappé ?

- A une reprise, oui. J’avais fait une faute de frappe à une lettre. Il avait un peu trop bu et… Mais c’était juste une fois.

- Pourquoi ne pas avoir porté plainte ?

- Parce que j’ai besoin de ce travail.

- Qu’est-ce que vous attendez de moi, Annie ?

- Emmenez-moi ! S’il vous plaît. »

Annie approcha ses lèvres pulpeuses de celles de Martin. Celui-ci en fut troublé. « Je… je suis marié.

- Peu importe. » La voix d’Annie n’était plus qu’un souffle. « Emmenez-moi avec vous. J’accepterai n’importe quel travail.

- Les temps sont durs, vous savez. Les affaires ne marchent pas très bien.

- Peut-être avez-vous besoin de quelqu’un pour tenir votre maison. »

Martin éclata de rire. « Je vois d’ici la tête de ma femme en vous voyant débarquer. »

Mais il reprit son sérieux. Les yeux envoûtants d’Annie le troublaient terriblement. Il ne pouvait plus se contrôler. Il fallait qu’il goûte à ces lèvres qui l’attiraient tels des aimants. Martin saisit Annie par la taille, l’attira à lui et l’embrassa avec une fougue qu’il n’avait encore jamais connue. Il sut à cet instant qu’Annie repartirait avec lui à Peyton Place.

 

 

12 octobre 1930

 

Annie avança doucement jusqu’au bureau de Bruce Peyton, le regard perçant. Celui-ci tendit les bras et Annie y déposa le bébé. « Il s’appelle Jason. »

Bruce ne pouvait détacher les yeux de l’enfant. « Il s’appellera Jack. En souvenir du père de mon épouse. 

- Je ne comprends pas.

- Annie, tu n’as pas la fibre maternelle. Tu le sais. Amanda souhaite un bébé. Nous allons lui dire que cet enfant provient d’un orphelinat quelconque. Nous allons l’adopter.

- Mais je suis sa mère et…

- Annie, nous avons conclu un marché toi et moi. Tu ne peux pas faire marche arrière, tu le sais.

- Bruce, vous n’avez pas le droit de…

- Il ne s’agit pas de droit, ici. Il s’agit d’un contrat. Tu devais tomber enceinte de Martin et ta mission a été remplie à bien.

- Vous n’avez pas précisé que je devais m’effacer au profit de votre femme. »

Patiemment, Bruce déposa l’enfant dans le landau qu’il avait acheté ce matin même. « Très bien, tu veux élever cet enfant ? Libre à toi. »

Bruce sortit une grosse enveloppe du tiroir de son bureau. « Il y a là dedans une somme de 50.000 dollars. Je te laisse le choix. Soit tu pars avec l’enfant, soit tu pars avec cette enveloppe et une rente mensuelle de 1000 dollars par mois pendant vingt ans. »

Il s’approcha d’elle. « Je peux faire de toi une femme riche. Quitte le pays, pars en Angleterre où je ne sais trop où. Refais ta vie et ne t’encombre pas de cet enfant. »

Annie avait devant elle son avenir et elle devait choisir. Garder l’enfant ou devenir une femme riche et influente.

 

 

3 NOVEMBRE 1930

 

Bruce regardait par-dessus le landau et souriait au petit Jack. Il l’avait adopté et s’avouait qu’il l’aimait comme son propre fils. Il avait dû persuader Amanda de lui laisser l’enfant pour l’après-midi, prétextant vouloir aller au parc avec lui pendant sa pause.

Martin arriva à quinze heures, comme prévu. « Ton invitation m’a surpris, frangin. Je pensais qu’on s’était tout dit la dernière fois.

- Pas tout, non.

- Si tu m’as fait venir uniquement pour me dire que tu as changé d’avis et que tu veux revenir comme associé dans la Fabrique, c’est trop tard. Nous avons réussit à redresser la barre et…

- Je me fiche de la Fabrique, Martin. Je ne t’ai pas fait venir pour ça.

- Pour quoi, dans ce cas ?

- Pour qui serait la question adéquate. »

Martin alla près du landau et sortit Jack, qu’il prit dans ses bras. Martin sourit. « Mon neveu, je suppose.

- Non, ton fils. »

Martin fronça les sourcils. « Qu’est-ce que tu racontes !

- Je te présente ton fils, Martin. Il s’appelle Jack. »

Martin haussa les épaules. « Tu délires…

- J’espère que tu t’es bien amusé avec Annie pendant les quelques semaines qu’elle a passées à Peyton Place. »

Alors Martin comprit. « Tu savais qu’Annie était à Peyton Place…

- C’est moi qui l’ai envoyée.

- Pourquoi ?

- Pour qu’elle tombe enceinte de toi. Et ça a marché.

- Où est-elle ?

- Elle a quitté le pays. Tu ne la reverras plus. En même temps, je te suggère de bien profiter de ce moment. Car c’est la dernière fois que tu vois ton fils. »

Martin avait le visage blême. « Pourquoi as-tu fait ça ?

- La vengeance, Martin, la vengeance. Et je savoure ce moment, tu ne peux pas imaginer à quel point.

- Qu’est-ce que tu veux ?

- J’ai adopté l’enfant officiellement.

- Et Annie t’a laissé faire ?

- Annie a reçu une somme considérable en échange de ce bébé.

- C’est du trafic d’enfant, je ne sais pas si tu es au courant. Je ne comprends toujours pas où tu veux en venir. »

Bruce sourit et sortit une liasse de documents de son bureau. « Tu signes ici et c’est bon. »

Martin saisit les documents et se mit à lire. Puis il regarda Bruce droit dans les yeux. « C’est une plaisanterie ?

- Pas du tout, soit tu signes ces papiers et notre petit secret n’est pas dévoilé. Soit tu refuses de signer et tout le monde saura que tu as un bâtard élevé par ton frère. Imagine le scandale, Martin, si jamais ta femme venait à connaître l’existence de cet enfant. Et ta fille, penses à elle. Aucunes des deux ne s’en remettrait. Tu ne peux pas te permettre un tel scandale, Martin. Tu le sais très bien.

- Rien ne prouve que ce gosse est de moi.

- Tu figures sur l’acte de naissance, Martin. Et puis, on peut toujours faire un test de paternité. En outre, il possède une petite tâche de naissance au pied droit. La même tâche que toi.

Martin regarda une nouvelle fois les papiers. « Tu me dégoûtes.

- Je ne fais que rendre la monnaie de ta pièce, Martin. Signes ces documents et tu n’entendras plus parler de moi. »

 

***

Bruce est de nouveau à la barre et continue son histoire. "A Denver, j'ai monté une petite entreprise de papeterie avec mes économies. L'entreprise a grandit jusqu'à devenir l'une des plus florissante du pays. Et puis j'ai rencontré une jeune fille. Elle n'avait pas encore dix-huit ans, mais elle avait déjà un caractère bien trempé. Elle avait tenté de me séduire au cours d'un bal organisé au profit d'une association caritative. J'ai tout de suite compris son manège. Je l’ai engagé comme secrétaire parce qu’un tempérament comme le sien pouvait m’être très utile."

Bruce saisit son verre d'eau et boit une gorgée avant de poursuivre. "En 1929, ce fût le krach boursier de Wallstreet. La Fabrique Peyton, dirigée par Martin, était en danger de banqueroute. Martin avait besoin d'argent. De mon côté, mon entreprise de papeterie marchait très bien. On avait toujours besoin de papiers, de crayons et de cahiers, même en pleine crise. Martin a retrouvé ma trace et est venu me voir pour me demander de l'aide. Il m'a supplié de s'associer avec lui pour ne pas perdre la Fabrique. Il voulait que je revienne à Peyton Place et qu'ensemble, on forme à nouveau une vraie famille. J'ai vraiment été outré et désemparé par le manque de sincérité de sa démarche. Martin n'avait pas changé. C'était toujours le même être immonde qui, à dix-huit ans, m'avait chassé du tableau familial.

- Vous n'avez donc pas accepter de revenir à Peyton Place ?", lui demande la juge.

- Non. Parce que plus rien ne me rattachait à cette ville. Ma mère était morte de chagrin après mon départ. Et mon père l'a suivit deux ans plus tard. Il ne restait que Martin, et croyez-moi, je n'avais pas envie de retourner vivre avec lui. La seule envie qu'il me restait, c'était de me venger de lui. Et j'ai donc saisi l'occasion pour le faire.

- Comment ?

- Grâce à l'aide d’Annie, ma secrétaire. Je savais qu'il n'y avait que l'argent qui l'intéressait. Alors je lui en ai offert. Beaucoup d'argent, si elle acceptait de m'aider à détruire Martin.

- Que devait-elle faire ?

- Elle devait faire tomber Martin amoureux d'elle. Ensuite, elle devait partir avec lui à Peyton Place et tomber enceinte".

La juge toussote. "Je ne comprends pas bien, Mr Peyton.

- C'est simple, Votre Honneur. Martin m'a déraciné en me chassant de Peyton Place et de ma famille. Je voulais faire pareil avec lui. Je voulais qu'il comprenne la douleur d'être arraché à un être proche. A la chair de sa chair.

- Donc, votre secrétaire, Annie, est tombée enceinte.

- C'est exact. Seulement, Martin Peyton était déjà marié. Il avait une fille, Catherine.  Je l’ai fait venir à Denver. Je l'ai menacé d'aller raconter son idylle avec la jeune fille à sa femme et ses parents. Ce qui n'aurait pas manqué de provoquer un cataclysme. Les parents de l'épouse de Martin l'aidaient financièrement à faire fonctionner la Fabrique. S'ils auraient appris l'infidélité de Martin et – pire – le fait que sa maîtresse avait un bébé, il se serait retrouvé à la rue. Il n'avait donc pas d'autre alternative que d'accepter mon marché.

- Et que vouliez-vous en échange ?

- L'enfant. Je voulais que l'enfant grandisse en pensant que j'étais son père, et qu'il ne mette jamais les pieds à Peyton Place. Martin, sachant qu’il ne pourrait jamais élever son unique fils, était déchiré de douleur en acceptant ce marché. Je lui ai demandé également de rédiger un document officiel faisant de Jack l'unique héritier de la fortune Peyton".

Steven se lève. "Ce document n'a plus aucune valeur puisqu'un autre testament, suivit d'un codicille, a été rédigé. Le codicille annule les autres écrits, vous le savez aussi bien que moi.

- Oui, vous avez raison, reprend Bruce. Je le savais très bien. Donc, j'ai assuré l'avenir de Jack autrement. J'ai obligé Martin à signer un document. J'ai présenté ce document à la Cour. Il s'agit d'un contrat de vente. Martin Peyton m'a vendu toutes ses entreprises. Je lui en ai laissé l’usufruit. Le marché était que Martin Peyton ne cherche jamais à revoir son fils. S'il l'aurait fait, ne serait-ce qu'une seule fois, je l'aurais mis à la porte des entreprises Peyton et il se serait retrouvé à la rue, sans un sou".

La juge écarquille les yeux. "Etes-vous en train de nous dire que la Fabrique Peyton n'a jamais appartenu à Martin Peyton ?

- Oui. Ni la Fabrique, ni la fortune de ma famille. J’aurais pu chasser Martin et reprendre la direction de la Fabrique, mais j’avais mon entreprise à Denver et il était plus amusant de savoir Martin constamment avec une épée de Damoclès au-dessus de lui. Mon petit frère était ainsi à ma merci. Ma vengeance était achevée. Lorsque Jack a eu sa majorité, je lui ai fait signé un document sans qu'il sache ce dont il s'agissait. C'était un contrat de vente des parts des entreprises Peyton. Après tout, il était normal que cette fortune lui revienne".

Steven se lève à nouveau. "C'est une histoire à dormir debout. Rien n'est vrai dans tout ça".

La juge regarde les documents. "Pourtant, tout a l'air vrai.

- Je demande une expertise des documents".

Bruce sourit. "C'est votre droit, Steven. Cependant, j'ai une autre preuve que toute cette histoire est vraie. Et cette preuve est irréfutable.

- Foutaises…

- Croyez-vous vraiment ? N'oubliez pas que Jack a une mère et qu'elle peut venir témoigner sous serment.

- Elle peut aussi mentir.

- Je ne pense pas. Elle n'a pas menti la dernière fois que vous l'avez interrogée à la barre, Monsieur Cord".

Steven est surpris. "Quoi ?

- Allons, Steven, vous n’avez donc pas compris. Vous connaissez très bien cette femme. Vous avez cru pendant 28 ans être son fils.

- C'est impossible…" murmure Steven.

"Mais si, Steven. Annie… Hannah… Ca ne vous a pas mis la puce à l’oreille ? Jack est le fils de Martin Peyton et d'Hannah Cord".

Steven met la main à sa poitrine. Une douleur fulgurante lui transperce le cœur. Betty le regarde, inquiète. Steven se plie en deux de douleur. Il réalise alors qu'il est en train de faire une crise cardiaque. Il s'écroule à terre tandis que les ténèbres viennent l'envelopper.

 

Début de la troisième partie de la saison 1 dès lundi prochain

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Commenter cet article

MarIe 04/03/2011 22:02


Waow ! Géant ! Félicitations, c'est tordu à souhait !

Avec tout ça, on en viendrait presque à plaindre Martin Peyton... En tous cas, Bruce n'a rien à lui envier.

Et comme toujours, qui est à plaindre ? Le pauvre gamin qui se retrouve là au milieu...