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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

# 668. Une bonne leçon

textiles

 

Jack Peyton entra dans le hangar de la Fabrique de textiles avec une sourde appréhension. La voix de Joe Pillburg au téléphone était alarmante. Il s’attendait au pire.

Et il eut droit au pire.

A peine eut-il franchi les portes qu’il comprit que quelque chose n’allait pas. Tout était calme. Et c’était bien là le problème. Le silence. Pas un bruit de machine, pas de voix qui s’élevait pour se faire entendre.

Rien.

Puis des bruits de pas qui claquèrent au sol. Jack fit volte-face et aperçut Pillburg qui venait vers lui. De toute évidence, ils étaient seuls dans le hangar.

« Pillburg, mais bon sang que se passe-t-il ici ? Où sont les ouvriers ?

- Ils sont rentrés chez eux, Monsieur.

- Ils sont en grève ?

- Non. Ils ont eu droit à une journée de congé.

Jack fronça les sourcils. « Qu’est-ce que vous me racontez ? Comment ça une journée de congé ! Pourquoi avoir fait ça ?

- Je n’ai rien fait, Monsieur. C’est le directeur qui leur a accordé ce congé.

Pillburg fit un signe de tête en direction de la baie vitrée, à l’étage, qui donnait sur le bureau de Seth Buswell. Celui-ci était debout devant la vitre et les observait, une bouteille à la main. Il leva la bouteille en direction de Jack, comme pour porter un toast, puis avala une longue gorgée du liquide brunâtre.

Fou de rage, Jack laissa Pillburg et se précipita vers le bureau de Seth. Il ne vit pas le large sourire du chef d’atelier tandis qu’il grimpait en claudiquant les escaliers en fer.

Jack entra dans le bureau et immédiatement prit des mains de Seth la bouteille. Il la lança de toutes ses forces contre le mur. La bouteille explosa. Et Jack aussi. « Bon sang, Buswell ! Qu’est-ce que vous fichez ? Je vous avais demandé de ne plus boire !

Ivre, Seth titubait et pointa un index sur Jack en balbutiant. « Je… je suis le directeur et je fais ce que je veux ». Il ponctua sa phrase par un rot malodorant.

- Vous êtes complètement cinglé si vous croyez être le directeur. Ici, c’est moi qui dicte les règles.

- Les ouvriers avaient besoin de repos. Je leur ai accordé la journée.

- Et vous faites perdre des milliers de dollars à l’entreprise !

Seth n’en avait pas conscience. « Ah bon ?

- En arrêtant la production, vous retardez les commandes ! Vous avez complètement perdu l’esprit !

- Je m’en fiche, parce que je démissionne.

- Alors là, n’y comptez pas ! Si vous démissionnez, je m’arrangerais pour que vous ne trouviez plus de boulot dans tout l’état du Massachussetts.

- Vous aviez dit que si je buvais, vous me fichez à la porte. Allez-y, mettez-moi à la porte !

Jack se calma lorsqu’il comprit la manœuvre de Seth. « Vous avez tout fait exprès, n’est-ce pas. Vous vouliez me pousser à bout pour que je vous vire.

Seth baissa les yeux. « Renvoyez-moi, Monsieur Peyton. C’est la seule solution. Je préfère encore vivre sous les ponts plutôt que continuer à ce poste.

Jack se passa une main dans les cheveux. Il comprit seulement maintenant le désarroi de Seth. Il comprit à quel point ça devait être dur pour cet homme de revêtir l’uniforme d’un directeur, alors qu’il n’avait jamais été qu’un ouvrier sans problème. Il comprit à quel point la responsabilité qu’il lui avait confiée devait être pénible à supporter, en dépit du fait que c’était lui et non Seth qui prenait les décisions.

- Très bien Seth. Je vous rends votre poste.

Le visage de Seth s’illumina. « Vous êtes sérieux ? Vous ne me renvoyez pas ?

- Bien sûr que non. Vous avez toujours fait de l’excellent travail à l’atelier. Je serais fou de me débarrasser d’un ouvrier de votre valeur. Je vais aller prévenir Pillburg qu’il pourra prendre le poste de directeur dès demain.

Seth toussota. « Je serais vous, je ne ferais pas ça.

 

***

 

Joe Pillburg jubilait. Il contemplait une dernière fois son petit bureau poussiéreux. Dieu qu’il détestait cet endroit confiné qui sentait la transpiration. Il allait volontiers le laisser à son successeur.

Il était dorénavant pratiquement certain d’obtenir le poste de directeur. Peyton ne pouvait pas faire autrement.

Il attendait qu’il revienne lui annoncer la bonne nouvelle. Il allait prendre un air condescendant en parlant de Seth et promettra à Jack d’être un excellent directeur.

Il imaginait déjà la déco de son nouveau bureau. Il se voyait debout derrière la baie vitrée, les mains derrière le dos, occupé à observer les ouvriers travailler.

Jack arriva enfin, l’air préoccupé. Joe se leva. « Monsieur Peyton, comment va Seth ?

- Il n’est plus directeur, si c’est ce que vous voulez savoir.

Jack ne laissa pas le temps à Joe de dire quelque chose et ajouta : « Est-ce qu’il y a quelque chose qui vous tient à cœur dans votre bureau ? Un objet fétiche peut-être ?

- Pourquoi me demandez-vous cela, Monsieur ?

- Parce que vous allez déménager, Joe. Vous ne restez pas dans ce taudis une heure de plus.

Le cœur de Joe se gonfla d’une joie immense. Il était enfin arrivé au but qu’il s’était fixé. Joe Pillburg était enfin devenu « Directeur de la Fabrique Peyton ».

Il ramassa un carton et y engouffra quelques objets : un coupe papier offert pour les vingt-cinq ans de l’entreprise, un presse-papier et une plante qui se mourrait et qui aurait beaucoup plus de lumière dans son nouveau bureau.

Jack lui prit le carton des mains en souriant. « Vous permettez ?

Pour Joe, il s’agissait d’une véritable marque de respect. Jack Peyton, en portant son carton de déménagement, lui prouvait qu’il était le bienvenu dans ses nouvelles fonctions.

Tous deux sortirent du bureau. Mais aucun ne prit le même chemin. Tandis que Joe se dirigeait vers les escaliers en fer menant au bureau directorial, Jack emprunta l’allée menant aux portes de sortie du hangar.

Intrigué, Joe fit demi-tour et le suivit. « Où allons-nous Monsieur ?

- Là où est votre place, mon brave Joe…

Il ouvrit la porte du hangar et jeta le carton à terre. Le contenu se répandit sur l’asphalte neigeux. Jack se retourna et fixa du regard Joe : « … Dans la rue !

Joe voulut protester, mais n’en eut pas le temps. Jack le saisit par le col de sa chemise et le plaqua contre le mur extérieur du hangar. Il  débordait d’une rage qu’il ne put davantage contenir. « Ecoute-moi bien, espèce de salopard. Tu as manipulé ce pauvre Seth Buswell pour arriver à tes fins. Tu l’as entrainé à boire et à lui faire perdre le peu de confiance qu’il avait en lui, pour pouvoir prendre sa place. Tu es un être abject et tu vas me faire le plaisir de quitter cet endroit pour ne plus jamais y revenir. Si jamais je te revoie ici pour une raison ou une autre, je te promets de te faire mordre la poussière. Tu m’as bien compris ?

Apeuré, Joe fit oui de la tête en ouvrant de grands yeux.

Jack lui fit faire demi-tour et le poussa tellement fort qu’il tomba à terre. Il se releva, ne prit pas la peine de prendre son carton et s’en alla en courant.

 

 


 

à suivre...

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Marie A 27/02/2014 20:38

Ah ! Voilà le Jack qu'on aime, avec un coeur et de la raison !
Magnifique épisode !

Mr. Peyton 28/02/2014 19:51



Merci 


Il faut dire aussi que j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire.