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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Matt Carson - Saison 2 Episode 10

Matt Carson - Saison 2 Episode 10

Avez-vous déjà eu cette sensation bizarre d’avancer dans un projet, un travail… et d’un coup vous demandez si, au lieu d’aller de l’avant, vous n’êtes pas en train de reculer ? Vous allez me dire que je deviens fou, parce que vous n’avez sans doute jamais ressenti une telle chose. D’ailleurs, vous ne comprenez sans doute pas ce que je veux dire. 

Moi je le comprends. Je suis sûr d’une chose : la famille Grainger n’est pas étrangère à la disparition de Lili Metcalfe, et je demeure persuadé qu’en allant faire un tour dans la chambre de la petite Charmaine, je trouverais quelque chose. 

Faire un tour… oui, je veux dire par là « fouiller » sa chambre. C’est ce qui me donne la sensation de reculer dans cette affaire. Je vais m’abaisser à fouiner dans les affaires personnelles d’une gamine qui croit encore aux contes de fées. 

Chris a raison. Si quelqu’un venait fouiller les affaires de ma fille, j’en ferais toute une montagne. Mais ma fille n’est pas impliquée dans une affaire de disparition.

C’est donc déterminé que je me rends, en compagnie d’un Chris beaucoup moins résolu et d’une Allie aux joues roses, chez les Grainger pour un dîner qui s’annonce au premier abord bien ennuyeux. 

Après quelques « gouzi-gouzi » à Allie, et les formules toutes faites de bienvenue… Après avoir parlé de la météo qui s’annonce catastrophique ce weekend… Nous voilà tous à table, gênés par un silence pesant. 

Mary est la seule qui semble prendre du plaisir à nous recevoir. Elle est fière des plats qu’elle nous apporte, nous demandant sans cesse si nous aimons, si nous ne trouvons pas le veau trop salé, si les pommes de terre ne sont pas trop molles, si nous avons assez de sauce dans l’assiette. 

À part cela, les sujets de conversation ne sortent pas naturellement de nos lèvres.

Jim est assis en bout de table, en face de sa femme. Il ne fait aucun effort pour engager une conversation. En face de Chris, Charmaine a constamment les yeux baissés sur son assiette. Elle ne mange pas, malgré les encouragements de sa mère. 

Seth me fait face, mais c’est comme si j’avais un fantôme en face de moi. Il ne cesse de manipuler son smartphone comme si sa vie en dépendait. 

Je tente avec Jim une conversation sur son travail, et me rends compte rapidement que le boulot d’un comptable est fort peu passionnant. 

Chris, de son côté, répond poliment aux questions de Mary, sans en rajouter. Il ne démarre pas de conversation. Il me fait payer la raison de notre présence ici, et en un sens, je le comprends. 

Mary demande à Seth d’aller chercher la glace au congélateur, pour le dessert. De son côté, elle allait préparer la chantilly et s’excuse de nous laisser. C’est le moment pour moi de jouer à mon numéro. Je pose la serviette à côté de mon assiette et me penche vers Jim pour lui demander où se trouvent les toilettes. Ma question n’est que pure rhétorique, car je connais l’endroit pour y avoir été à l’époque où la maison appartenait à Steven Cord. 

À cet instant, Chris tourne vivement la tête vers moi. Il veut en un regard me dissuader une nouvelle fois. Mais ma décision est prise depuis hier et je ne changerais pas d’avis. 

Jim ne semble pas apercevoir le regard insistant que me porte mon mari, et m’indique l’endroit où se trouvent les toilettes. 

Je monte à l’étage, chaque pas, chaque montée de marche est plus lourd. J’arrive en haut et m’aperçois que je tremble. Le moment est venu. Le premier étage débouche sur un long couloir. La première porte à droite donne sur la chambre de Seth. Je décide d’aller faire une rapide inspection, on ne sait jamais. Je pourrais peut-être trouver quelques indices intéressants. Je dois faire vite. 

La chambre de Seth est pareille à une chambre d’ado normale. Poster de l’équipe de Boston de foot en face de son lit, des cartes de joueurs de base-ball punaisées ici et là, formant un patchwork de visages célèbres pour les amateurs de ce sport. 

Je jette un œil à son petit bureau en bois verni où il règne une belle pagaille. Le plan de travail est inondé de cahier et de livres. Philo, math... rien que des ouvrages concernant le lycée. Sur l’étagère du haut trônent fièrement une collection de BD : The Walking Dead. 

Je regarde autour de moi et je n’y vois que la chambre d’un adolescent normal. Je décide de regarder rapidement dans ses tiroirs, sous le lit, sous le bureau… je ne trouve rien. 

Je passe alors dans la chambre de la petite Charmaine. Elle est très différente de celle de son grand frère, car très minimaliste. Un joli papier peint rosé, un petit lit blanc, une armoire et un petit bureau en bois blanc. Dans un coin de la pièce, je découvre un grand coffre où l’enfant garde tous ses jouets. La chambre de Charmaine, contrairement à celle de Seth, est impeccablement rangée. Je m’approche du bureau et le trouve minuscule, alors que pour Charmaine il doit paraître gigantesque. Sur le petit plan de travail se trouve une pile de dessin, que je saisis. 

 

Je n’ai pas besoin d’aller plus loin dans mes investigations.

Mon sang se glace, ma vue se trouble, mon cœur s’emballe. Je me liquéfie sur place. Je dois masser mes yeux pour voir de nouveau convenablement. 

Un des dessins de Chamaine montre clairement Lili. En fait, il s’agit d’une silhouette grossièrement dessinée, mais on ne peut pas se tromper sur l’identité du modèle, puisque Charmaine a écrit son nom à côté. 

Mais le plus troublant dans ce dessin reste la grosse tache rouge qui s’étale sur les cheveux paille de « Lili ».  

On ne peut pas se tromper : ce dessin représente Lili mortellement blessée à la tête. 

Mon esprit essaie de fonctionner, mais je suis tellement sous le choc de cette découverte que je n’arrive pas à penser. Et que je n’arrive pas à décider quoi faire ? Montrer le dessin aux parents ? Les confronter ? 

Charmaine n’a pas pu tuer Lili, c’est impossible. Même si l’enfant avait poussé l’adolescente, elle n’aurait jamais eu assez de force pour la faire tomber…

- J’en étais sûr ! 

Je sursaute en entendant la voix et me retourne vivement vers elle. Seth est debout devant l’encadrement de la porte. 

Il s’avance. 

- Vous êtes venu chez nous uniquement pour fouiller dans nos affaires et nos vies. Qu’est-ce que vous avez contre nous ? Pourquoi est-ce que vous nous harcelez ? 

Je respire profondément. Je sais que je suis en faute, je fouille la chambre d’une gamine. N’importe qui pourrait parler de harcèlement, voire d’acharnement. Mais je dois me ressaisir. Ce que je viens de trouver dans la chambre de Charmaine est trop important. 

Je me conditionne. Je redeviens l’avocat que je suis lorsque je plaide à la Cour. Je reprends confiance en moi et fais un pas en direction de Seth. 

L’adolescent recule automatiquement d’un pas. Il sait qu’il a devant lui l’avocat et non pas le voisin fouineur. Je décide d’en profiter et lui lance : 

- À propos de harcèlement, tu m’as menti, Seth. Kirian Cross n’a jamais harcelé Lili par téléphone. 

Il se passe alors quelque chose dans l’attitude de Seth qui me surprend. Il reprend le dessus, comme si ce que je venais de lui dire n’avait pas de sens. Il pense que je bluffe. 

- C’est tout ce que vous avez trouvé à dire ? Cross harcelait bien Lili. S’il vous a dit le contraire…

- Il ne m’a rien dit. J’ai fait tracer son téléphone et il n’appelait Lili que très rarement. Il ne lui a pas envoyé le SMS dont tu m’as parlé. 

Seth secoue la tête.

- Impossible ! Vous êtes un train de me prendre pour un imbécile ! J’ai vu le SMS. Lili me l’a montré. Cross menaçait clairement Lili.

Je fronce les sourcils. Seth a l’air vraiment sincère. En tant qu’avocat, j’arrive la plupart du temps à reconnaître un menteur. Soit Seth joue bien son jeu et sur ce point, il est admirable, soit il dit la vérité. 

- Est-ce que tu as vu le nom de l’expéditeur du SMS ? 

- Oui, je l’ai vu. Je vous jure que c’est Kirian Cross qui a envoyé ce texto. Maintenant, fichez le camp de chez nous ! 

Le dessin de Charmaine me brûle les doigts. Je le lui montre. 

- Est-ce que tu peux m’expliquer ça ? 

Seth regarde le dessin. En observant la tête qu’il fait, je peux jurer que c’est la première fois qu’il le voit. Ses yeux s’assombrissent. Puis il se reprend et lève la tête vers moi. Son regard me défie.

- Ça ne prouve rien. Charmaine est une fille un peu renfermée sur elle-même. Elle regarde beaucoup la télé, et parfois des séries policières.  

- Mais c’est bien Lili qu’elle a dessinée ! 

- Parce qu’elle entend parler d’elle ! Vous ne pouvez pas analyser le dessin d’une gamine ! Si c’est le cas, vous êtes franchement tordu comme type. 

La donne change. Je ne suis plus l’avocat pour Seth. Je redeviens le voisin emmerdeur. Seth s’avance vers moi et me prend le dessin des mains. 

- La dernière fois, j’ai chopé ma petite sœur en train de lire un tome de Walking Dead parce que j’avais eu le malheur de le laisser sur mon bureau. 

Je me rappelle la collection de cette bande dessinée, bien rangée sur l’étagère au-dessus du bureau de l’adolescent. 

Seth continue :

- À mon avis, elle s’est inspirée d’une planche de cette BD et elle y a ajouté Lili parce qu’on parle beaucoup de sa disparition dans les médias, voilà tout ! Pas la peine d’en faire tout en plat. 

Je suis avocat, j’ai donc la répartie facile. Cependant, il m’arrive parfois de rester pantois devant certaines situations. Cette fois, Seth a le dessus sur moi, le voisin abruti. Après un moment de silence, Seth reprend : 

- Je vais faire un deal avec vous, Matt…

Le fait qu’il m’appelle par mon prénom réussit à m’achever. Je suis à terre. 

Il poursuit : 

- Vous allez descendre, remercier ma mère pour ce bon repas, et prendre congé de nous en zappant le dessert. Vous pouvez prétexter un mal de tête par exemple, ou ce que vous voulez. De mon côté, je m’engage à ne rien dire sur vos… investigations douteuses dans nos chambres. Qu’est-ce que vous en dites ? 

J’en dis que Seth a raison. Inutile que Jim et Mary sachent que j’ai fouiné chez eux. J’accepte le deal. Mary est contrariée, car elle avait préparé une bonne crème pour accompagner la glace. Jim, lui, est soulagé de nous voir partir. 

 

- C’était vraiment un plan foireux ! me dit Chris après avoir couché Allie. 

Nous sommes dans le salon. Je nous sers un verre de Bailey avec un glaçon et lui raconte ma découverte. Mais Chris s’en fiche. Là où je vois une affaire criminelle qui pourrait avancer, lui y voit une intrusion dans la vie privée d’une petite fille. 

Il me regarde un instant, puis boit son verre cul sec, le pose lourdement sur la table et va se coucher. 

C’est sa façon à lui de montrer son indignation, sa colère. Pas de mots méchants, pas de haussement de voix… juste cette froideur à mon égard qui me glace le sang. Et c’est encore pire qu’une bonne engueulade !

Je me sers un second Bailey, cette fois sans glace, et j’essaie de réfléchir. 

Je pense avoir fait le bon choix. Le jeune Seth pourra dire ce qu’il veut, le dessin de sa sœur a un rapport avec la disparition – peut-être même la mort – de Lili. 

Le troisième verre me fait un peu tourner la tête, mais je reste lucide. Je m’assois sur le canapé et repose ma tête contre le dossier. Le froid du cuir soulage un temps mon mal de tête. 

Le dessin…

La façon de se comporter de Charmaine, qui pourrait expliquer un traumatisme… 

Pour moi c’est désormais certain : Charmaine a assisté au meurtre de Lili Metcalfe. 

Avec cette certitude dans la tête, je sombre dans un sommeil lourd et mauvais où je rêve de Chris, de Charmaine, de Lili… d’Allie… Lili est morte… c’est certain. 

La sonnerie de mon portable me réveille. J’ouvre un œil, puis le second. Les premiers rayons de soleil de la journée traversent les persiennes et viennent narguer mon mal de crâne. Mon téléphone est sur la petite table, à côté de mon verre vide. Je le saisis et regarde d’abord l’heure : 6h30 du matin. Le numéro d’appel est inconnu de ma carte sim. 

J’ai presque envie de laisser sonner. J’ai juste envie de me lever et d’aller prendre une bonne douche, pour faire disparaître cette sensation de lourdeur qui ne me quitte pas. 

Mais un appel téléphonique si tôt le matin, c’est intriguant, vous ne trouvez pas. Alors je décroche. 

Kirian Cross me répond. Je recouvre totalement mes esprits. Mon cerveau se met en alerte rouge. 

- Kirian, que se passe-t-il ? Où es-tu ? 

- Au poste de police. 

- Ton père est au courant ? 

- Non, la police m’a chopé alors que je sortais de la maison. Mon père dormait encore. Est-ce que vous pouvez l’appeler ? J’ai droit qu’à un coup de fil, et j’ai préféré vous appelez vous, j’ai pensé que vous aimeriez savoir qu’ils viennent de me coffrer pour le meurtre de Lili. 

 

A suivre...

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