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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Matt Carson - Saison 2 Episode 4

Matt Carson - Saison 2 Episode 4

J’entre dans mon cabinet et immédiatement, je perçois une tension entre mes deux collaboratrices qui partagent le secrétariat. 

À droite de l’entrée se trouve le bureau d’Amanda, ma secrétaire. C’est elle qui prend les rendez-vous, qui reçoit les clients, les met à l’aise. C’est elle aussi qui rédige mes notes et qui établit la facturation. Amanda était l’ancienne secrétaire de mon prédécesseur, Steven Cord, et je dois dire qu’elle fait un travail remarquable. 

Mais depuis que le cabinet m’appartient, Amanda doit composer avec Jen, une jeune fille d’à peine dix-huit ans. Jen est la petite fille de James Peyton. Je lui ai fait une faveur en la prenant comme stagiaire dans mon cabinet, et je dois dire que je ne le regrette pas. Jen est une fille à problèmes, comme on dit. Je sais qu’elle a eu une enfance et une adolescence très difficile, bien qu’elle ne veuille jamais en parler. James m’a donné quelques brides de ce qu’a été son existence jusqu’à présent, et j’en ai presque eu les larmes aux yeux. 

Jen est totalement différente d’Amanda. D’abord, il y a deux générations qui les séparent. Ensuite, Amanda, très sophistiquée et toujours tirée à quatre épingles, contraste totalement avec la personnalité frivole de Jen, qui semble collectionner les jeans troués, les vestes simili-cuir à clous et qui voue un culte au gothique. Preuve en est de son rouge à lèvres noir, de ses longs cheveux noir-ébène striés de mèches rouges, et de ses deux piercings à l’oreille et au sourcil droit. Sans compter celui qu’elle a au beau milieu de sa langue !

Jen n’a pas pu, bulletin de notes catastrophique en mains, aller à l’Université. J’étais son dernier rempart. C’était soit une vie misérable faite de petits boulots, soit un stage dans un cabinet d’avocat. 

J’ai mis Jen devant un ordinateur. Et ce fut le miracle. La jeune fille s’est sentie très à l’aise devant le clavier et maintenant, je lui donne pour mission des recherches très poussées sur certaines affaires qu’on pourrait retrouver sur Internet. Jen m’est devenue très précieuse et je redoute le jour où je devrais dire à Amanda que le statut de la jeune fille va passer du statut de stagiaire à celui d’employée. 

Les deux femmes ne s’entendent pas, et je pense que cela n’ira pas en s’arrangeant. 

Aussi lorsque je pousse la porte du secrétariat et que je décèle cette tension si souvent présente, je ne peux m’empêcher de dire : 

- Qu’est-ce qu’il se passe encore, cette fois ? 

Amanda pince les lèvres et fait semblant de classer des feuillets dans un dossier rouge.

- « Elle » mange en travaillant sur son ordinateur. 

- Et alors ? répond Jen sur la défensive. Excuse-moi d’avoir du travail. 

- « Elle » fait tomber des miettes sur le clavier qui s’incrustent entre les touches et ça risque d’en bloquer certaines. 

Je tourne vers Amanda un visage incrédule.

- Vous êtes sérieuse ?

Amanda referme le dossier et le place sèchement sur le coin du bureau.

- Tout à fait, Matt. J’ai lu un article à ce sujet dans le Clarion la semaine dernière. 

Jen pouffe.

- Tu n’as vraiment rien d’autre à faire que lire la rubrique des chiens écrasés du Clarion !

Amanda reste calme.

- Matt, pouvez-vous demander à votre protégée de manger aux heures des repas et d’arrêter de grignoter des cochonneries à longueur de…

- Je ne suis la protégée de personne ! 

Je décide de mettre un terme à cette conversation qui va finir par dégénérer.

- Ça suffit, vous deux ! 

Je regarde Jen d’un air sévère.

- Jen, dans mon bureau !

Jen se lève péniblement, jette un regard noir au passage à Amanda. Je note un brin de satisfaction dans le petit rictus d’Amanda. 

Nous entrons dans mon bureau et je ferme la porte. Aussitôt, Jen tente de se justifier.

- Matt, je te jure, j’ai bien fait attention, je n’ai mis aucune miette sur…

D’un geste, je la fais taire.

- Ce n’est pas pour ça que je t’ai demandé de venir.

Jen est surprise, elle pensait vraiment que j’allais lui passer un savon. 

- Mais, je… enfin je…, balbutie-t-elle.

- Amanda est une bonne secrétaire. C’est sûr, elle est un peu coincée. Si elle pense que je te fais une leçon de morale sur la façon de manger et de se tenir au bureau, elle se calmera. 

Jen hausse les épaules.

- Alors pourquoi tu m’as fait venir ? 

- Lili Metcalfe, tu connais ?

- Tout le monde la connait. C’est la fille qui a disparu le soir du feu de joie.

- Comme tu es sortie de l’école il n’y a pas longtemps, je pensais que tu pouvais la connaître un peu mieux. 

- Lili et moi on vivait dans deux mondes différents. Elle se préoccupait de la robe qu’elle allait porter au bal de promo depuis qu’elle avait cinq ans. Moi, à cinq ans, je me préoccupais de savoir si j’allais manger à ma faim. 

Oups, je suis tombé sur un point sensible. Je préfère continuer dans une autre direction.

- Que crois-tu qu’il lui soit arrivé ?

- Une fugue, sans doute. J’en sais rien, en fait.

- Kirian Cross, tu le connais ?

- Le tombeur de ces demoiselles ! C’est un des garçons les plus populaires du lycée. Mais comme tu dois t’en douter, pas le genre de personne que j’affectionne. Le genre Archie*, c’est pas mon truc !

- Et le nouveau venu, Seth Grainger ?

Jen secoue la tête.

- Jamais entendu parler.

Elle se penche vers moi.

- Tu veux que je me rencarde ?

- Si ça ne te dérange pas.

- Tu parles ! J’ai encore quelques potes qui sont au lycée, je peux te faire un rapport complet sur Lili et ses fréquentations. 

- J’apprécierais. 

- Moi ça me va, c’est toujours mieux que rester assise en face de Madame-j’ai-un-balai-dans-le…

Je l’interromps avant le gros mot.

- Merci, Jen.

 

Je n’aime pas aller déjeuner au service restaurant de la Tour Peyton. La nourriture est plutôt bonne, mais je préfère de loin aller déguster un bon repas à l’extérieur, cela me permet de changer de cadre. Parfois, je mange un hot dog chez Moses, dont les locaux se résument à une petite camionnette située près du square, au centre-ville de Peyton Place. Il nous arrive même, Moses et moi, d’avoir de passionnantes conversations sur la politique ou encore le réchauffement climatique. En tant qu’afro-américain, Moses est un partisan de Barack Obama. En tant que blanc et Démocrate, je le suis également. 

Aujourd’hui, j’avais bien envie de déguster un hot dog brulant et parler de la future candidature d’Hillary Clinton pour les prochaines primaires. J’aimerais le convaincre de voter pour elle, car j’ai la conviction qu’elle seule pourra poursuivre les efforts d’Obama sur la santé publique. 

Notre discussion pourra attendre demain. Car aujourd’hui, j’ai bien l’intention d’aller à la cantine de la Tour. 

Je vous vois en train d’hausser un sourcil et de vous demander ce qu’il me passe par la tête pour aller manger dans un endroit que je n’aime pas. 

La réponse est simple : Jim Grainger. Le comptable me paraît avoir le profil d’un homme qui préfère manger sur place pour ne pas perdre de temps, plutôt que d’aller parler du dernier livre d’Al Gore accoudé au comptoir d’un food-truck. 

Je ne me trompe pas. Une fois mon plateau-repas rempli d’une salade de carottes, un risotto crème champignon, une pomme et un verre de vin rouge californien, je me dirige dans la salle à manger. 

Bingo ! C’est mon jour de chance. Jim est à une table, seul. Je me dirige rapidement vers lui avec mon plateau. 

- Jim, puis-je me joindre à vous ?

Jim Grainger n’est pas du genre à aimer la compagnie. C’est un type plutôt introverti, qui doit aimer la solitude et qui ne s’exprime que s’il y est obligé. 

Il termine sa bouchée de salade verte. 

- Je vous en prie. 

J’ouvre mon pot en plastique contenant la salade de carottes.

- On ne vous voit pas souvent ici, me dit Jim. 

Je suis content qu’il engage la conversation, cela va me faciliter la tâche. C’est du moins ce que je pensais. Je vais vite tomber de haut.

- On m’a dit que leur risotto était un délice. Je voulais le goûter.

C’est maintenant que je tombe de haut, lorsque Jim rétorque : 

- Vous n’êtes pas plutôt ici parce que vous avez entendu une dispute ce matin entre moi et ma femme ?

Sa franchise me coupe le souffle. Je me sens rougir. Du coup, je baisse les yeux et ma fourchette joue avec une rondelle de carotte. Je ne savais pas Jim si perspicace. 

Il reprend : 

- Vous savez Matt, je vous aime beaucoup vous et Chris et je trouve que pour nous vous êtes des voisins formidables. Mais il y a une limite à ne pas franchir. Je n’aime pas les gens qui viennent s’immiscer dans notre vie privée.

Je me mets à regretter vivement Moses et son superbe hot dog. J’étais sur le point de demander à Jim ce qu’il pensait de la probable candidature d’Hillary à la Maison Blanche, puis je me dis qu’après tout, puisque Jim joue franc jeu, autant que j’en fasse de même.

- Ce matin, un jeune homme a été arrêté par la police. On le soupçonnait de savoir quelque chose sur la disparition de Lili Metcalfe. Votre fils est allé voir la police pour lui raconter une altercation entre lui et Lili le soir de sa disparition. 

Jim relève la tête. Visiblement, il n’était pas au courant. Je continue.

- Vous savez ce que cela veut dire ? Cela veut dire que le garçon en question et votre fils sont peut-être les deux dernières personnes à avoir vu Lili Metcalfe avant sa disparition. J’étais donc venu ce matin chez vous pour poser des questions à Seth.  

Jim pose son couvert. Je le vois pincer les lèvres. Ce n’est pas bon signe, je sens qu’il se braque.

- Mais pour qui vous prenez-vous ? La police ?

- Pour l’avocat qui défend son client. Je ne veux aucun mal à Seth. Je veux juste comprendre.

- Vous avez pu lui parler ?

- Non. Mary n’a pas voulu.

- Mary a bien fait. 

Il se lève d’un bond.

- Excusez-moi, il faut que j’y aille. J’ai du travail.

Il me plante là, devant mes carottes et avec toutes mes questions qui n’ont pas trouvé de réponses. Pourquoi Jim et Mary se sont disputés ? Est-ce à cause de Lili ? Jim est-il impliqué dans sa disparition ? À nouveau, les paroles de Mary me martèlent le crâne. 

« Je sais ce que tu as fait avec elle ! Tu me dégoûtes !! »

Qui est « elle » ? Lili ? 

C’est décidé, il faut absolument que je parle à Seth. 

 

* Célèbre personnage de bandes dessinées aux Etats-Unis, Archie est le garçon modèle américain. CW a récemment adapté la BD en une série baptisée « Riverdale ». 

 

A suivre...

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