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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Episode 945

Episode 945

- Ne t’emballe pas, c’est juste un déjeuner.

Carolyn Russell préférait dès le départ prévenir Billy afin que celui-ci ne se fasse pas trop d’illusions.

A défaut de dîner, l’avocate avait finalement accepté de déjeuner au Inn avec Billy. 

Il y avait peu de monde ce midi dans la salle du restaurant. C’était surtout le soir que le Colonial Post Inn annonçait souvent complet. 

Billy but une gorgée de son verre de vin et le reposa sur la table en souriant. 

- Je ne m’emballe pas, Carolyn. Mais je vois quand même qu’un grand pas a été fait. Il y a encore quelques semaines, tu n’aurais jamais accepté ne serait-ce que prendre un verre avec moi. Qu’est-ce qui t’as fait changer d’avis ?

- Je vois que tu fais des efforts de ton côté. Je vois bien que tu n’es plus le même qu’à…

Carolyn fit mourir les derniers mots dans sa gorge. 

- …Qu’à l’époque de New-York, reprit Billy. 

Carolyn pencha la tête vers son assiette. Elle n’avait pas encore touché à son escalope de veau, mais elle pouvait sentir la bonne odeur de la sauce aux champignons qui venait narguer ses narines. 

L’époque où elle et Billy vivaient ensemble à New-York avait été une époque douloureuse pour l’un comme pour l’autre. Billy était un jaloux maladif et Carolyn se sentait prise au piège de cet homme au point d’en avoir peur. C’était la raison pour laquelle elle s’était enfuie de la grande ville pour venir s’installer à Peyton Place, sa petite ville natale. Mais Billy l’avait suivi. Il avait tenté de renouer avec l’avocate, mais c’était peine perdue. 

Il observa Carolyn, puis soupira.

- Je sais que je t’ai fait beaucoup de mal, Carolyn. J’en ai maintenant parfaitement conscience. Le docteur Stewart m’a fait comprendre plein de choses.

- Comme quoi ?

- Elle m’a fait comprendre qui j’étais, pourquoi j’avais agi de la sorte. Elle m’a fait comprendre ce qui n’allait pas chez moi. 

- Et parce que tu sais maintenant qui tu es et ce que ne va pas chez toi, tu penses que c’est une raison de me récupérer ?

Billy se mit à rire. 

- Je t’invite à déjeuner, Carolyn. Je ne te demande pas en mariage. 

Carolyn se sentit soudain gênée. 

- Excuse-moi, c’était maladroit de ma part…

- C’est une réaction normale, tu veux dire. A ta place, je resterais moi aussi sur mes gardes. 

Carolyn leva les yeux vers lui.

- Tu as vraiment changé, on dirait…

- J’ai terminé ma thérapie auprès du Dr Stewart, ce qui ne veut pas dire que je suis prêt à me lancer dans une nouvelle aventure. J’ai encore du chemin à faire. Je veux simplement qu’on devienne amis, toi et moi. 

Il lui tend la main, désireux de sceller un pacte d’amitié avec son ex. Carolyn fixa la main un certain temps, avant de la lui serrer. 

- Amis, dit-elle. Ça me convient !

Le reste du repas se déroula à merveille. Carolyn et Billy discutèrent de faits d’actualité, comme par exemple les prochaines élections présidentielles. De son côté, Billy demeurait persuadé que Reagan n’allait pas être réélu, ce qui ne manqua pas de faire rire Carolyn.

-Tu dis ça parce que tu es Républicain et que tu as peur de le voir perdre. Mais il est très en avance dans les sondages.

- Et la démocrate que tu es ? Qu’est-ce qu’elle en pense ? 

- Je pense que si Reagan est reconduit comme Président, la guerre sera déclarée entre nous et l’URSS. Je pense que Gary Hart ou Walter Mondale feraient de bons présidents. A choisir, j’aimerais qu’Hart puisse remporter les primaires.

La conversation s’étala sur la politique, les relations tendues avec l’Union Soviétique, sur le dernier épisode de Dallas…

A la fin du repas, Carolyn dut admettre qu’elle avait passé un très bon moment. 

Ce fut au moment de régler la note que Billy lui apprit la bonne nouvelle : 

- Les charges contre ton client ont été levées.

- Scott ?

- Oui. Le couteau a bien été retrouvé dans la mer et Buswell ne souffre que d’une petite ecchymose au ventre. Pas de quoi en faire un drame.

- Super. Ellen doit être contente.

- Elle n’est pas encore au courant. Elle est en repos aujourd’hui. Je me suis dit que tu aimerais lui apprendre la bonne nouvelle.

Carolyn observa Billy du coin de l’œil. Il a vraiment beaucoup changé. 

Carolyn décida de se rendre en voiture à Chesnut Street. Elle gara sa Ford devant la maison des Hayes et emprunta la petite allée menant à la porte principale.

La maison des Hayes était la plus petite de toutes les maisons de Chesnut Street, et la pelouse de son jardin, protégée par une grande clôture en bois qui menaçait de s’effondrer, mériterait un bon coup de tondeuse.

Avant même d’arriver à la porte d’entrée, Carolyn pouvait entendre Ellen crier fort des phrases qu’elle n’arrivait pas à comprendre. 

Elle sonna et Ellen vint lui ouvrir.

- Bonjour Carolyn. Entrez. Je suis au téléphone J’en ai pour une minute. 

Ellen alla reprendre le combiné du téléphone fixé au mur tandis que Carolyn alla s’assoir près du comptoir qui séparait la cuisine du petit salon. 

Le comptoir portait encore les stigmates du petit déjeuner : boite de céréales, assiettes à moitié vides, bouteille de jus d’orange couchée et prête à tomber. Carolyn la redressa.

Ellen, de son côté, s’énervait au téléphone. 

- Mais puisque je vous dis qu’il s’agit d’un malentendu ! … Je vais régler ça immédiatement… Non, je ne pourrais pas passer aujourd’hui… Quoi ! Vous plaisantez ! … Bon, très bien, je passerai vous régler la facture demain matin, mais ne nous coupez pas l’électricité, d’accord !

Elle raccrocha et s’excusa auprès de Carolyn par un faible sourire. 

Carolyn n’eut pas le temps d’engager la conversation : le petit Harry entre dans la pièce en pleurant, tandis que Sutton déboula des escaliers de l’étage. 

Harry parvient près d’Ellen, les joues ravagées par les larmes.

- J’ai tombé ! hurla l’enfant

- On dit « je suis tombé », rectifia Sutton en saluant d’un geste de la main l’avocate et en allant tout droit ouvrir le frigo sans même se préoccuper de l’état de son jeune frère.

Ellen observe le genou en sang.

- C’est rien, dit-elle. Un peu de mercurochrome, un pansement et tout ira bien.

Sutton referma le réfrigérateur et bougonna. 

- Il y a plus rien à manger là-dedans ! T’as pas fait les courses ! C’était pourtant à toi de t’en occuper cette semaine.

Ellen haussa les épaules.

- Excuse-moi si j’ai été obligée de m’occuper de ton grand frère qui s’est mis dans le pétrin.

Carolyn crut le moment venu de parler de l’objet de sa visite, mais Sutton ne lui en laisse pas le temps. Elle se précipite vers la sortie en claquant la porte.

Ellen tente un sourire à l’avocate. Mais ses lèvres tremblent.

- C’est comme ça tous les jours depuis le départ de ma mère. 

- Ça ne doit pas être évident pour vous, compatit Carolyn.

A ce moment, Scott entra en scène en dévalant les escaliers.

- Y’a plus d’eau chaude, bordel ! 

Il saisit deux tranches de pain de mie dans un sachet et les enfonça dans le grille-pain. 

Carolyn s’étonna de voir que Scott se faisait griller deux tranches de pain en début d’après-midi et en conclut que la famille Hayes avait zappé le déjeuner. 

Harry, de son côté, continuait de sangloter, ses petites mains accrochées à la jupe froissée d’Ellen.

Tandis qu’Ellen alla prendre la trousse de secours dans une armoire au fond du salon, Scott meugla : 

- Manquait plus que ça ! Le grille-pain est foutu !

Ellen posa la trousse sur le comptoir, non loin de Carolyn.

- De toute façon, on va bientôt plus avoir d’électricité, donc ton grille-pain ne sert plus à rien.

Scott la regarde comme si elle avait attenté à la vie du Pape.

- J’y crois pas ! T’as encore une fois pas payé la facture ?

- J’ai oublié ! Figure-toi que j’ai plein de choses dans la tête. La première étant de te sortir du pétrin dans lequel tu t’es fourré !

Carolyn laissa le frère et la sœur se disputer et entreprit de soigner le genou du petit Harry. Elle appliqua le mercurochrome sur un morceau de coton et tapota délicatement la blessure de l’enfant. Celui-ci la regarda faire sans broncher. Il ne pleurait plus, mais il reniflait sans cesse.

Scott sortit de la pièce, fâché avec sa sœur. Ellen se tourna vers Carolyn, qui maintenant plaquait sur la blessure un pansement.

- Vous n’aviez pas à faire cela, murmura Ellen.

Sa voix avait faibli. Carolyn l’observa attentivement. Elle avait des cernes autour de ses yeux éteints et son visage était blême. 

Carolyn se redressa.

- Depuis quand n’avez-vous plus dormi ?

Ellen sourit faiblement.

- Ça va aller. Est-ce que je peux vous offrir quelque chose à boire ? Un café ?

Carolyn déclina l’offre. 

- Vous devriez vous reposer un peu. 

- Je ne peux pas, souffla Ellen. J’ai encore les courses à faire, j’ai le ménage dans le salon, puis après je dois emmener Harry chez le pédiatre…

Carolyn fut soudain prise d’une envie d’aider la jeune femme. Elle semblait si vulnérable ! Elle avait appris par Paula que sa mère avait quitté la ville, laissant seuls ses enfants. Depuis, Ellen s’occupait de tout. Elle sert de mère de rechange pour ses frères et sœurs, en plus du travail au commissariat. Pas étonnant qu’elle soit aussi exténuée. 

- Je suis venue vous annoncer une bonne nouvelle, annonça l’avocate. Les charges contre Scott sont abandonnées.

Ellen était au bord des larmes, soulagée d’un poids. Sauf qu’il lui en restait tant d’autres à porter. 

- C’est formidable, dit-elle. Combien je vous dois ? 

Carolyn leva la main d’un signe qui voulait dire stop.

- Rien. 

- Mais, j’ai de quoi payer. Pas tout de suite, mais le mois prochain, lors de ma prochaine…

Carolyn l’interrompit.

- Je vous dis que ce n’est pas nécessaire. Je n’ai pas passé suffisamment de temps sur cette affaire pour vous demander de l’argent.

C’était faux. Et Ellen le savait.

- Je ne veux pas qu’on me fasse la charité, Maître. 

Ses lèvres étaient pincées et elle fixait l’avocate d’un regard de reproche. Visiblement, sa fierté en avait pris un coup et Carolyn regretta.

Elle trouva vite une parade. 

- Très bien. Alors voilà ce qu’on va faire. En échange du temps que j’ai passé pour l’affaire de Scott, j’aimerais que vous veniez à l’Université de White River. 

- Pour quoi faire ?

- J’enseigne le Droit deux fois par semaine là-bas et ce serait bien si vous pouviez venir faire un exposé à mes élèves sur la police et plus particulièrement sur la position des femmes dans ce métier. Le prix qu’offre l’Université pour ce genre d’exposé et comparable au tarif que je vous aurais facturé. Qu’en dites-vous ? 

C’était un excellent compromis et Ellen l’accepta avec joie. 

 

A suivre...

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Commenter cet article

MarIe A 03/07/2018 09:30

Oui, on aimerait aussi pouvoir aider cette famille (même si certains de ses membres auraient plus besoin d'un bon sermon que de compassion dans cet épisode).
Amusant de retrouver nos préoccupations politiques de l'époque :-)

Mr. Peyton 04/07/2018 21:04

C'est vrai qu'elle a parfois un côté attachant, cette famille :-)