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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Episode 703. Promenade en enfer

Aujourd'hui, dans "Les Plaisirs de l'Enfer"...

- Pourquoi vivez-vous si retranchés ?
- Parce que nous sommes pauvres et qu’il est bien connu qu’on cache toujours la misère. On est un peu comme la poussière qu’on balaie et qu’on met sous le tapis.
Selena serra son poing. Elle avait encore une fois oublié de remuer sept fois sa langue dans sa bouche.

Episode 703. Promenade en enfer

James Peyton reconduisit Selena Cross chez elle dans sa Buick Riviera toute neuve.

Selena n’était pas à l’aise. Ses joues étaient brulantes. Elle était à la fois ravie d’être en compagnie du frère de Colleen, et en même temps elle ne voulait pas qu’il voit le taudis dans lequel elle vivait.

Un silence gêné s’était installé entre eux depuis le départ, au Manoir.

La Buick descendait la colline escarpée qui menait au centre-ville de Peyton Place et James se décida à mettre la radio. 2PFM diffusait le tube des Bee Gees, «More than a woman».

Selena ferma les yeux.

- J’adore cette chanson.

- Moi aussi.

Ils arrivèrent à l’intersection de Main Street et Chesnut Street et Selena indiqua à son chauffeur la direction du sud de la ville.

- Je suis désolé pour tout à l’heure, dit James.

- De quoi parlez-vous ?

- De ma mère. De son attitude. Elle s’est mal conduite envers toi. Mais d’un autre côté, je pense qu’elle n’a pas vraiment conscience de ce qu’elle dit.

Selena haussa les épaules.

- Elle considère que je suis quelqu’un qui n’a pas d’éducation. Elle fait partie de ces gens qui pensent que parce qu’on n’a pas de quoi se payer à manger tous les jours, ou qu’on ne peut pas s’habiller décemment, on n’est pas capable de faire des études et qu’on est tous prédestinés à finir en femme des ménage alcoolique.

- Je ne crois pas que ma mère ait ce genre de préjugés. Elle pense simplement, et à tort, que l’argent peut rendre les gens meilleurs.

Selena se rendit compte qu’elle était allée trop loin.

- Excusez-moi, je n’aurais pas dû vous dire ça.

- Tu as le droit d’être colère.

- Pourquoi ? Parce que je suis pauvre ?

James se mit à rire.

- Tu as du répondant. Je suis sûr que tu feras une excellente romancière.

Selena soupira.

- Si j’arrive à décrocher une bourse. Votre mère a raison sur une chose. Si je n’ai pas de quoi payer mes études, ça va être plutôt difficile de les poursuivre.

- En travaillant au Central Store, je suppose que tu mets de l’argent de côté.

Selena secoua la tête, soudain contrariée.

- Vous n’avez aucune idée de ce que mon salaire représente pour ma famille. Dans votre monde, un jeune travaille pour se payer une belle voiture, ou encore des vacances. Moi je travaille pour donner à manger à mon frère et ma mère.

Elle se mordit les lèvres, fâchée d’avoir une nouvelle fois été trop loin. James ne riait plus.

- Je... j’ignorais que c’était aussi dur pour toi.

- Ne vous en faites pas. Je m’en sors très bien.

James ne dit plus un mot et Selena devina qu’il venait de découvrir une facette de la jeune fille qu’il ne soupçonnait pas.

- Voilà, dit Selena. Vous pouvez vous arrêter ici.

James se gara sur le bord de la route. Ils venaient de quitter le centre de Peyton Place. Il s’étonna.

- Mais il n’y a pas d’habitation ici.

- C’est normal. Grave Street est de l’autre côté de la forêt. On ne peut pas y accéder en voiture. Je dois y aller à pieds.

- Dans ce cas, je t’accompagne.

Justement tout ce que Selena ne voulait pas.

- Non, ça ira, merci.

- Il commence à faire nuit et je ne veux pas que tu t’engages toute seule dans la forêt.

- C’est pourtant ce que je fais tous les soirs. Et il ne m’est jamais rien arrivé.

- J’insiste.

- Et moi j’insiste pour rentrer seule.

- Selena, les autres soirs, tu fais ce que tu veux. Mais ce soir, tu es sous ma responsabilité.

La jeune fille déclara forfait. James ne s’en irait pas sans l’avoir raccompagnée.

C’est donc avec une boule au ventre que Selena s’engagea dans la forêt en compagnie de James.

- En plus, ça tombe bien, je n’ai jamais été dans le quartier de Grave Street, dit-il.

Eh bien, il allait être servi !

- Il n’y a pas grand-chose à voir, vous savez.

- Pourquoi vivez-vous si retranchés ?

- Parce que nous sommes pauvres et qu’il est bien connu qu’on cache toujours la misère. On est un peu comme la poussière qu’on balaie et qu’on met sous le tapis.

Selena serra son poing. Elle avait encore une fois oublié de remuer sept fois sa langue dans sa bouche.

Elle n’avait pas envie que James voit où elle habitait. Elle avait l’habitude de ne faire venir personne dans ce quartier pourri. Elle avait honte. Et James était la dernière personne qu’elle voulait voir à Grave Street.

Un moment, l’envie lui prit de courir très vite pour semer le frère de Colleen. Mais James, qui ne connaît pas la forêt, risquait de s’y perdre.

Elle marchait donc d’un pas lent, comme pour retarder l’inévitable.

L’inévitable arriva.

Grave Street dans toute sa splendeur.

Un amas de tôle disposé dans tous les sens, une ruelle boueuse, des rats qui cherchaient un maigre repas dans une benne qui débordait d’ordures.

Voilà où Selena habitait. Les larmes lui montèrent aux yeux. James, la personne qu’elle admirait le plus dans cette ville, venait de pénétrer dans son enfer.

A cet instant, elle aurait voulu mourir.

 

James n’en revenait pas. Il avait la gorge nouée et aucun son ne pouvait sortir de sa bouche. Il n’y avait d’ailleurs rien à dire.

Il savait qu’il y avait une partie de la population de la ville qui croupissait dans le taudis de Grave Street.

Mais jamais, ô grand jamais, il pensait que Grave Street ressemblait à cette poubelle. Il avait imaginé des maisons en bois qui commençaient à pourrir, une ruelle à l’asphalte biscornu.

Mais ça, non !

Comment pouvait-on accepter que des êtres humains puissent habiter dans un endroit aussi insalubre !

- Selena, je...

Sa voix s’éteignit.

Selena lui tournait le dos. Il avait l’impression qu’elle pleurait.

- S’il vous plait, partez !, dit-elle d’une voix tremblante.

A cet instant, Nellie Cross sortit d’une des maisons. Elle avança en dodelinant ses seins trop lourds.

- Ah, te voilà, ma fille ! T’es en retard. Qu’est-ce que tu foutais, bon sang !

La femme ne semblait pas se rendre compte de la présence de James. Elle agitait ses bras.

- Bien sûr, «Madame» fait sa grande Dame. Elle se pavane chez les richards et elle oublie de venir faire à bouffer pour son frangin.

Elle toisa Selena et ajouta avec une moue.

- On n’est plus assez bien pour toi, «Madame» ?

James fit un pas en avant.

- Nellie...

Enfin, elle lui prêta attention. Elle haussa les sourcils.

- Monsieur James. Qu’est-ce que vous foutez ici, vous ?

- Je suis venu raccompagner votre fille.

- Ouais... eh bien, vous auriez pas dû ! Vous êtes pas à votre place ici. Comme ma Selena est pas à sa place chez vous.

- Vous vous trompez, Selena a sa place chez nous.

- Ah ouais, vraiment ? Elle est devenue une grande dame en l’espace d’une journée ?

- Selena est une fille intelligente.

- C’est aussi une belle fainéante, si vous voulez mon avis.

- Non.

- Non quoi ?

- Je ne veux pas de votre avis, Nellie. Vous êtes une femme aigrie et amère parce que la vie ne vous a pas fait de cadeau, mais ce n’est pas une raison pour vous en prendre à votre fille.

Gênée, Selena se tourna vers James.

- S’il vous plait, partez, dit-elle à nouveau.

Nellie prit le bras de Selena et l’attira vers elle d’une manière brusque.

- Ouais, écoutez ma fille et partez d’ici, Monsieur James. C’est pas votre monde.

James étudia le visage de Selena. Elle le suppliait du regard de partir et il avait l’impression qu’elle ne serait pas capable de supporter davantage d’être humiliée devant lui.

Il tourna les talons, fit trois pas, puis se retourna.

- Merci Selena. Merci pour cette journée. J’ai été très heureux de la passer en ta compagnie.

Selena ne répondit pas. Elle baissa la tête et entra rapidement dans ce qui lui servait de maison.

James reprit le sentier pour retourner à sa voiture. Il avait les larmes aux yeux et se demandait pourquoi il était aussi bouleversé.

 

A SUIVRE...

Mardi prochain, dans "Les Plaisirs de l'Enfer"...

Lisa Peyton s’avançait doucement vers elle.
- Alors, c’est fini.
Betty pouvait sentir bien plus que de la déception dans la voix de Lisa.
- Si je ne te connaissais pas, je dirais presque que tu es émue.
Lisa haussa les épaules.
- Penses ce que tu veux, j’ai détesté travailler pour toi… au début. Ensuite, c’est devenu une routine et finalement… j’ai commencé à apprécier.
- Tu appréciais surtout d’avoir un salaire.

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Marie A 07/11/2014 17:43

Mais c'est le grand luxe, on a droit au son et lumière ! (Village People aurait été plus apprécié, mais bon, c'est juste pour rouspéter un coup)
Très joli épisode, et percutante cette confrontation de James avec le monde de Selena.
Merci :-)

Mr. Peyton 08/11/2014 06:50

Ah oui, j'imagine bien la promenade en voiture sur des airs de YMCA, ça aurait été marrant :-)
Content que cet épisode t'ait plu :-)