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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Episode 700. Accrochage au Cider Barrell

- Ne dis pas de sottises !
- Toi, ne dis pas de sottises ! Maman, tu parles comme une snobe. Tu ne supportes pas de me voir proche de Selena parce qu’elle n’est pas née de la cuisse de Jupiter. Venant d’une femme qui a passé cinq ans en prison, c’est un peu gros.
Lisa accusa le coup...

Le Cider Barrell

Le Cider Barrell

Mira Losco sut très rapidement qu’elle n’avait jamais été serveuse de sa vie.

On a beau avoir perdu la mémoire, il y a des mécanismes, des gestes, ce que l’on appelle la mémoire procédurale, qui fait qu’un amnésique sait au fond de lui s’il a déjà fait ces choses.

Mira n’a jamais été serveuse. C’est un fait. Elle l’a compris dès le départ, et en a eu la confirmation deux heures après son premier service, lorsqu’elle a renversé une crêpe au fromage sur la jupe d’une cliente.

Charlie, le patron du « Cider Barrell », n’avait pas été chaud pour l’engager, surtout lorsqu’elle lui avoua n’avoir aucune référence à lui donner.

Mais elle avait compris que Charlie était dans l’urgence. Un de ses serveurs s’était fait la malle la semaine dernière et le petit restaurant tournait en sous-effectif. Une chance pour Mira. Pas forcément pour les clients. 

Elle prit sa première pause à quinze heures trente, juste avant la sortie du collège et la ruée des étudiants. Charlie l’avait prévenu que seize heures était le coup de feu de la journée. Mira n’était pas pressée d’y être. Si elle parvenait à se tromper dans les commandes avec trois clients dans la salle, imaginez avec dix fois plus de tables prises !

Elle huma son thé avant d’en avaler une gorgée.

Elle se demandait si venir à Peyton Place avait été la bonne solution. Mais elle n’avait eu que cette perspective lorsqu’elle s’était réveillée dans cet endroit lugubre à Handson Falls.

Pourquoi ne s’était-elle pas rendue directement à l’hôpital ou bien à la police pour leur expliquer la situation ? Ils auraient pu la prendre en charge, lui faire passer des tests.

Mais Mira avait eu la sensation qu’elle devait se débrouiller par elle-même. Comme elle avait la sensation que Peyton Place était la solution à ses problèmes.

Elle se rendit compte alors qu’elle n’était allée ni à l’hôpital, ni à la police, pour une bonne raison : elle n’avait pas confiance en ces deux institutions. Elle se souvint qu’hier à Handson Falls, elle était passée devant un poste de police, et s’était surprise à presser le pas, soulagée de mettre de la distance entre elle et le bâtiment.

Pour l’hôpital, ce n’était guère mieux. Elle se sentait mal à l’aise rien que de s’imaginer dans une chambre.

Mira secoua la tête. Elle devait se ressaisir. Elle était ici pour découvrir qui elle était. Il fallait que quelqu’un puisse la reconnaître. Et cet endroit, le Cider Barrell, était idéal pour cela.

Les étudiants commençaient à arriver et prenaient place autour des tables.

Mira remit son tablier. Une femme élégante entrait en compagnie d’une jeune fille. Sans doute la mère et la fille.

Elle se souvint avoir vu la fille hier, adossée à un arbre dans le square de Peyton Place, plongée dans la lecture d’un roman.

Elle alla prendre leur commande, avec l’espoir que l’une d’elle pourrait la reconnaître.

 

****

 

- Je déteste la rentrée scolaire.

Colleen Peyton suivit sa mère jusqu’à une table au fond de la pièce.

Lisa posa son sac et s’assit, rapidement imitée par Colleen.

- Ne dis pas de bêtises, chérie. Tu as a énormément de chance d’être encore au collège. Attends d’avoir terminé tes études. C’est là que les problèmes vont commencer.

- Tu parles par expérience ?

Lisa afficha sur son visage un sourire nostalgique.

- Mes années d’étudiantes ont été les meilleures de toute ma vie. Après…

- Les galères ont commencé ?

- On peut dire ça comme ça. Je n’ai pas toujours fait les bons choix. A part toi et tes frères, je n’ai pas le souvenir d’avoir fait quelque chose de bien dans ma vie.

Colleen fit une moue.

- Arrête, tu me déprimes.

- Désolée, chérie.

- Comment ça va se passer… je veux dire, maintenant qu’AD va fermer ses portes ?

- Je vais devoir me trouver un nouveau travail. Et en attendant demander l’indulgence de ton oncle pour qu’il m’héberge gratuitement.

- Je vais lui parler, je vais…

- Non Colleen, tu ne feras rien. Je veux me débrouiller toute seule avec Jack. Toi, tu te concentres sur ta dernière année de collège, d’accord ?

La serveuse vint prendre la commande. Lisa interrogea Colleen du regard.

- Une crêpe à la vanille et un chocolat chaud, commanda la jeune fille.

- Un café pour moi.

La serveuse nota, puis leva les yeux de son calepin. Elle commença à fixer Lisa du regard.

Au début, Lisa n’y prêta pas attention. Elle attendait simplement que l’employée s’en aille vers une autre table.

Mais au bout d’une demi-minute, la serveuse n’avait toujours pas décampé.

Exaspérée par ce comportement, Lisa se tourna vers l’employée en fronçant les sourcils.

- Quoi ?

- Excusez-moi, vous ne me reconnaissez pas ?

Lisa haussa les épaules.

- Je devrais ?

- Vous… on ne s’est jamais rencontrées ?

- Je ne crois pas.

- C’est que…

Cette fois, Lisa s’emporta.

- Ecoutez, je ne sais pas qui vous êtes ni ce que vous me voulez. Mais je sais au moins une chose. Vous êtes ici pour nous servir, et non pour papoter avec les clients. Alors faites ce pour quoi vous êtes payée, et faites le bien.

- Mira !

Mira sursauta et se tourna vers le comptoir où Charlie lui fit signe d’aller voir les autres tables.

Rouge de confusion, Mira tourna les talons.

- Cette femme est bizarre, dit Colleen. T’as été un peu dure avec elle.

- Ma fille, il faut apprendre à parler franchement au gens. C’est une façon d’asseoir une certaine autorité.

Lisa regarda sa montre.

- Gary doit venir nous rejoindre. Je parie qu’il est encore avec cette fille, dont j’ai oublié le nom.

Colleen rit.

- Tu n’as jamais su son nom. Tiens, au fait, en parlant de Gary, j’ai invité Selena à son repas de départ dimanche prochain.

Lisa était contrariée par cette nouvelle, et elle le montra à sa fille. Colleen savait que sa mère voyait d’un mauvais œil l’amitié entre elle et la fille de la domestique.

- Ca m’ennuie, chérie, finit-elle par dire.

Colleen se renfrogna.

- Et pourquoi ça t’ennuie ?

Elle connaissait la réponse.

- J’aime bien Selena. C’est une fille sérieuse et intelligente, mais je trouve que vous passez trop de temps ensemble toutes les deux.

- Maman, c’est ma meilleure amie.

- Tu devrais voir d’autres personnes.

- Tu veux dire des personnes de ma classe sociale ?

- Je veux simplement que tu t’ouvres à d’autres horizons. Que tu voies plus de monde.

- Dis plutôt que ça t’embête que ta fille, la nièce du tout puissant Jack Peyton, puisses avoir une fille de bas quartier comme amie la plus proche.

- Je n’ai pas dit ça…

- Tu n’as pas besoin de le dire, maman.

- Selena et toi n’êtes pas du même monde.

- Eh bien tu vois, ce que je vais te dire ne va sans doute pas te faire plaisir, mais tu as un point commun avec Nellie Cross : tu parles exactement comme elle. Vous pourriez devenir amies toutes les deux.

- Ne dis pas de sottises !

- Toi, ne dis pas de sottises ! Maman, tu parles comme une snobe. Tu ne supportes pas de me voir proche de Selena parce qu’elle n’est pas née de la cuisse de Jupiter. Venant d’une femme qui a passé cinq ans en prison, c’est un peu gros.

Lisa accusa le coup.

Aussitôt, Colleen regretta ses paroles.

- Excuse-moi, Maman, je n’aurais pas dû… Je regrette, vraiment.

Lisa regarda de nouveau sa montre.

- Mais que fait donc ton frère ?

Colleen savait que pour Lisa, le sujet était clos. Elle ne parlait jamais des années de prison qu’elle avait faites pour un crime qu’elle n’avait pas commis.

Elle savait qu’au fond d’elle-même, sa mère avait beaucoup souffert durant toutes ces années d’enfermement, loin de ses proches.

Elle se mordit les lèvres.

- Tu me pardonnes ?

Lisa pinça les lèvres.

- Si c’est une façon de me demander si Selena sera la bienvenue à notre table, alors la réponse est oui. Ça te va ?

Colleen se leva pour embrasser sa mère sur la joue.

- Je t’aime, maman.

Elle venait de rattraper sa maladresse.

 

A SUIVRE...

Vendredi prochain, dans "Les Plaisirs de l'Enfer"...

- Ce n’est pas facile à gérer, Mike. J’ai des hauts et des bas. A Londres, j’ai été suivie par un psychiatre. Et maintenant, Mildred Steward accepte de me recevoir.
- C’est bien. Une thérapie est importante après tout ce que vous avez subi.
- J’ai encore des cauchemars. Souvent même. Mais quand je me dis que j’étais à deux doigts de mourir et que je suis toujours en vie, j’ai envie de croire que les miracles existent...

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Commenter cet article

Betty 30/10/2014 11:23

Oui vraiment pas de chance...

Mr. Peyton 01/11/2014 08:20

Espérons qu'un jour elle tombe sur des gens plus sympathiques qui pourront l'aider...

Marie A 29/10/2014 21:18

Pauvre inconnue ! Sur les milliers d'habitants de Peyton Place, voilà qu'il a fallu qu'elle tombe sur Lisa !
Il y en a vraiment qui n'ont pas de chance dans leur vie...

Mr. Peyton 01/11/2014 08:19

En même temps, quelle drôle d'idée d'aller demander ce genre de chose à une cliente :-)