Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Episode 697. Grave Street

Selena lâcha le couteau en le jetant dans l’évier.
- Ca ne te plairait pas de savoir que, pour une fois, ta fille mange à sa faim.
- Tu manges à ta faim tous les jours. Sans ça t’aurais pas des formes qui affolent les hommes.
Selena tourna vers sa mère un regard empreint de colère.
- Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?...

Selena Cross sous les traits de Shay Mitchell

Selena Cross sous les traits de Shay Mitchell

- Salut !

Adossée contre un arbre, dans le square de Peyton Place, Colleen Peyton laissa tomber son livre sur ses genoux et sourit à son amie.

- Salut, ma belle.

Selena vint s’asseoir à côté d’elle et jeta un regard vers la couverture du livre.

- « Le meurtre de Roger Ackroyd »...

- Un des meilleurs Agatha Christie. Je te le file dès que j’ai fini.

Selena sortit de son sac à main un livre qu’elle tendit à Colleen.

- Tu l’as déjà terminé ?, s’étonna cette dernière.

Selena haussa les épaules.

- Il n’était pas très épais.

Colleen observa la couverture. Il s’agissait du roman d’Erich Segal, « Love Story ».

- Alors, tu as aimé ?

Aussitôt, le regard de Selena s’alluma.

- Il était formidable. Triste bien évidemment, mais cette relation entre Jenny et Oliver est remarquablement décrite.

Selena vouait une passion sans limite à la lecture, depuis que Colleen lui avait prêté le classique de Tolstoï, « Guerre et Paix ». Elle passait des soirées entières à dévorer des pages de romans.

Colleen songea que sa meilleure amie avait une personnalité très ambigüe. D’un côté, elle avait ce penchant fleur bleue, romantique à souhait qu’on reconnaît aux jeunes filles de son âge. Et de l’autre, elle devait affronter la réalité d’une situation précaire : travailler le soir après la classe au magasin des Carson, s’occuper de son frère Joey car Nellie, sa mère, en était incapable. Ajouter à cela un beau-père tyrannique qui, fort heureusement, a quitté la ville il y a plusieurs mois grâce à l’oncle de Colleen, Jack.

La vie de Selena Cross est loin d’être rose. Pas étonnant que la jeune fille s’évade à travers ces quelques lignes romanesques.

Colleen n’était jamais allée chez les Cross, mais elle avait pu constater, il y a peu de temps, la réalité de la situation de la petite famille. Lorsqu’elle avait parlé à Selena de ce nouveau feuilleton qui raconte l’histoire d’une famille du Texas et de son horrible héros, la jeune fille avait prétendu ne pas connaître et avait finalement avoué à Colleen qu’elle ne possédait pas de poste de télévision.

Nellie était femme de ménage chez les Peyton. Elle faisait aussi des travaux de couture de temps en temps. Cela, combiné au petit salaire de Selena devait à peine couvrir les frais de nourritures et d’entretien de la maison.

Selena se tourna vers le kiosque à musique où un couple de jeunes s’embrassait.

- Il n’arrête pas, ton frère !

Colleen haussa les épaules.

- Depuis qu’il est revenu pour les vacances, c’est sa troisième copine. Un vrai tombeur. Il est temps qu’il reparte au collège avant d’en mettre une enceinte.

Selena rit à gorge déployée.

- J’adore ton frère, il me fait souvent rire.

- Lequel ?

Selena baissa les yeux et rougit. Colleen avait touché en plein dans le mille. Même si son amie ne s’était pas confiée, elle savait que Selena avait le béguin pour James, bien plus âgé qu’elle. 

Soudain gênée, Selena se leva.

- Il faut que j’y aille. Je dois aller préparer le dîner.

- Attends !

Colleen se leva à son tour.

- Dimanche, on organise un repas au manoir pour le départ de Gary. Ça te dirait de venir.

Selena secoua la tête.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

- Pourquoi ?

- Parce que je suis la fille de votre domestique.

- Tu es ma meilleure amie avant tout. Et à ce titre, tu as ta place à notre table.

- Colleen, il faut être réaliste. Ta mère me déteste, ton oncle me supporte à peine, et ma mère ne voudra pas.

- Je me charge de Nellie. On t’attend à midi pile.

 

Ce soir-là, Selena décida de rentrer chez elle à pieds, afin d’économiser un ticket de bus. Elle touchait son salaire en tant que vendeuse en fin de semaine. D’ici là, elle devait faire attention à l’argent qui sortait, sous peine de devoir manger des conserves pendant trois jours.

Tout en marchant au bord de la route, elle repensa à la remarque à peine déguisée de Colleen.

C’est vrai qu’elle n’était pas insensible au charme de James Peyton. Mais il lui fallait être réaliste : elle n’avait aucun point commun avec le grand frère de son amie. Et même si cela avait été le cas, la différence d’âge et de classe sociale marquait au fer l’impossibilité d’une romance entre eux deux.

Non, Selena laissait les histoires romanesques là où elles avaient leur place : dans les pages des livres qu’elle dévorait.

Le chemin devenait plus sinueux, preuve qu’elle atteignait Grave Street. Elle empruntait maintenant une petite allée recouverte de boues.

Grave Street était un quartier situé à l’extrémité sud de la ville de Peyton Place, bien à l’écart du centre-ville.

C’est bien simple, il fallait parcourir deux kilomètres de routes et chemins rebutants pour y parvenir. Même le bus s’arrêtait à Mandle Street, qui était souvent considéré comme la dernière rue de la ville. A partir de là, il fallait traverser une forêt pour se retrouver à Grave Street.

Selena longea la rue boueuse de son quartier miséreux, passant devant les maisons en tôles fines.

Elle plissa le nez. Ça sentait la crasse, la haine, la misère. Elle ne s’y ferait jamais.

Elle parvint enfin chez elle. Une maison identique aux autres, faite en tôle fine. La porte grinça et elle se retrouva dans l’unique pièce de la demeure.

A droite un évier et une petite gazinière surmontée d’un meuble à étagère faisaient office de cuisine. Une table ronde bancale récupérée à la casse trônait au milieu du taudis. Enfin, la pièce possédait trois alcôves qui la séparaient par un simple rideau jauni. Chaque niche était assez grande pour supporter un lit d’une personne.

Nellie était assise à la table ronde, occupée à raccommoder une veste de ses doigts bouffis par tant d’années de travaux manuels.

- T’es en retard !

Selena ne préféra pas répondre et entreprit de mettre une poêle sur la gazinière.

Pendant qu’elle épluchait trois pommes de terre, elle dit à sa mère :

- Les Peyton organisent un repas pour fêter le départ de Gary.

Nellie émit un ricanement.

- Les gens riches fêtent le départ de leur proche. Chez nous, on pleure quand quelqu’un s’en va. Faut jamais rien qu’ils fassent comme les autres, ceux-là !

- Je suis invitée, lâcha Selena.

Nellie ne releva pas la tête et continua son ouvrage.

- Ah ça non, ma fille. T’iras pas !

Selena soupira. Elle savait que le combat allait être difficile.

- Je suis invitée, je te dis !

- Et moi je te dis : t’iras pas ! Fin de la discussion.

Selena lâcha le couteau en le jetant dans l’évier.

- Ca ne te plairait pas de savoir que, pour une fois, ta fille mange à sa faim.

- Tu manges à ta faim tous les jours. Sans ça t’aurais pas des formes qui affolent les hommes.

Selena tourna vers sa mère un regard empreint de colère.

- Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ?

- Regarde comment t’es foutue. Tous les hommes, ils te reluquent. Dis pas que t’as jamais remarqué ça !

- Tu dis n’importe quoi.

- T’es bien naïve ma fille. J’en vois des qui bavent rien qu’en jetant un œil sur ta poitrine.

- Maman, arrêtes !

- C’est pas ta faute, ma gamine. C’est tous des chiens, les hommes. C’est leur « machin » qui fait office de cerveau.

- Tous les hommes ne sont pas comme ça.

- T’as trop le nez dans les bouquins, ma fille. C’est un coup à te déglinguer le cerveau, moi je te dis ! Les mecs, ils sont pas comme dans tes romans à l’eau de rose. C’est des salauds, tous autant qu’ils sont ! Ils vous promettent monts et merveilles, et après ils vous laissent tomber. Ils disparaissent dans la nature et vous laissent avec des gosses à nourrir.

- Comme Lucas…

Aussitôt, Selena regretta d’avoir parlé de son beau-père.

- Ben parlons-en de lui, répliqua Nellie. Une vraie ordure. Il s’est tiré sans même penser à ce qu’on allait devenir sans lui.

La rage s’empara de Selena.

- On est bien mieux sans lui !

- Tu parles, on arrive à peine à joindre les deux bouts depuis qu’il est plus là.

- C’était pire lorsqu’il était là, et tu le sais. Il était au chômage, n’arrivait pas à tenir un job plus d’une semaine et en bon ivrogne qu’il était, il buvait notre maigre salaire.

- T’as pas le droit de parler comme ça de ton père !

- C’était mon beau-père. Pas mon père. Tu as le droit de dire que c’est un salaud, et pas moi ?

- Tu lui dois le respect.

Selena s’approcha de sa mère et se pencha vers elle. Elle lui dit calmement :

- Je ne lui dois rien. Je ne lui dois absolument rien.

Puis Selena retourna à ses pommes de terre.

- Donc, ne compte pas sur ma présence dimanche prochain. Tu pourras t’occuper du repas de Joey.  

 

A SUIVRE...

Mardi prochain, dans "Les Plaisirs de l'Enfer"...
Paula prit une profonde inspiration et se parla à elle-même : « Ma vieille, tu as survécu à deux tentatives d’assassinat, tu as failli griller comme un méchoui dans une maison en feu, tu as été mariée pendant cinq ans avec un tueur psychopathe… et malgré tout ça, tu appréhendes une simple discussion avec une amie de longue date… »

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Marie A 19/10/2014 10:56

La vie n'est vraiment pas facile pour la jolie Selena, elle a bien du mérite !
Ah, si sa mère avait eu une amie comme Colleen, elle ne serait peut-être pas aussi aigrie. Note bien que ce qu'elle dit aussi crûment n'est pas dénué de vérité... hélas ;'(

Mr. Peyton 19/10/2014 13:15

C'est bien ça le pire. C'est cruel à dire, mais il y a beaucoup de vérité qui sort de la bouche de l'aigrie Nellie :(