Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Le fil du temps #12

Précédemment...
KC en veut à Carolyn. Elle vient d’apprendre qu’adolescente, Eleanor Prentiss avait été renvoyée d’un club de chimie parce qu’elle avait saccagé la salle de chimie. Carolyn prend la défense d’Eleanor et lui trouve des circonstances atténuantes.
Elles vont voir Eleanor pour des explications. Cette dernière se justifie tant bien que mal. Cependant, elle n’a pas d’alibi pour le jour du saccage de la salle de classe.
Au même moment, elles entendent un cri. C’est Suzie Barclay qui hurle, plantée devant son casier.

Le fil du temps #12

 

Les photos prises par KC de l’intérieur du casier de Suzie Barclay s’étalaient sur le plan de travail du bureau de Carolyn Russell, à Peyton Place.

Le soleil qui perçait à travers les stores de la baie vitrée striait les images, les faisant paraître encore plus énigmatiques.

Carolyn se passa une main sur le front en se demandant ce que tout ceci pouvait signifier. Elle attendait avec impatience KC et l’espoir d’une piste nouvelle.

Les minutes qui ont suivi la découverte des objets ont été vécues comme un véritable chaos. Suzie Barclay était devenue hystérique. Elle criait à qui voulait l’entendre (c’est-à-dire à la moitié de l’établissement) qu’elle allait porter plainte contre Highlay School, qu’elle avait l’impression que tout le monde se liguait contre elle, et que si le coupable n’était pas puni, elle allait faire payer la Directrice. Bref, que des mots gentils.

Affolée par les propos du professeur de philo, Ellen Highlay se précipita dans la salle des profs pour tenter de la calmer, lui assurer que le coupable aller être découvert et que tout allait rentrer dans l’ordre.

Mais ce fut finalement une véritable cacophonie qui régna dans la pièce. Suzie continuait à proférer des menaces haut et fort, et Mme Highlay, ne trouvant plus d’arguments pour la faire taire, avait perdu son sang-froid à son tour. Au final, c’était à qui hurlait le plus fort. 

Ellen Highlay était dans une telle colère qu’elle était sur le point de signifier le renvoi de Chrissie. Il a fallu à Carolyn et KC une énergie incommensurable pour la calmer et lui faire comprendre que Chrissie n’était nullement responsable des méfaits.

Si Highlay n’en était pas convaincu, elle accepta cependant de laisser une ou deux journées de plus à l’avocate pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Convaincre Suzie Barclay fut encore plus compliqué. Cette femme était une véritable boule de nerfs à vif bien difficile à apaiser.

Carolyn était persuadée que derrière son hystérie se cachait quelque chose de plus profond : de la peur. L’enseignante avait compris que cette histoire allait très loin et la dépassait totalement.

 

Maintenant, dans la quiétude et la chaleur de son bureau, au douzième étage du Peyton Professional, Carolyn se sentait vidée.

Elle étudiait les photos depuis des heures, sans parvenir à comprendre ce qui se tramait derrière toute cette histoire.

Le soleil commençait à décliner, la journée allait mourir pour faire naître un crépuscule étoilé. Carolyn soupira. Rien. Elle n’avait pas la moindre nouvelle piste !

KC arriva à la tombée de la nuit. Elle aussi était épuisée. Des cernes assombrissaient ses yeux bleus. Ses longs cheveux blonds, d’ordinaire coiffées impeccablement, vivaient une période d’anarchie.

- Du nouveau ?, demanda Carolyn.

KC secoua la tête et se précipita vers son produit dopant favori. Elle se servit un mug entier de café. Les deux femmes se raccrochaient à la caféine comme des naufragés à une bouée de sauvetage.

- J’ai interrogé pas mal de monde. Ceux qui se trouvaient dans la salle des profs à un moment donné de la journée. Rien. Personne n’a vu la moindre chose suspecte.

- Le casier de Suzie Barclay était-il fermé à clé ?

KC secoua la tête.

- Non. Chaque professeur possède deux casiers : celui du haut où l’on a retrouvé les objets ne ferme pas à clé. Il est censé contenir les livres utilisés pour les cours. Le casier du bas, en revanche, est cadenassé. Les enseignants y mettent objets personnels, copies à corrigées, cours etc. 

- Très bien. Quelque chose pour nous aiguiller sur la signification des objets retrouvés ?

- J’ai découvert une personne qui tient un magasin de brocante à White River. Seamus Berson. C’est un passionné d’histoire et d’ésotérisme. Quelque chose me dit que ce qu’on a retrouvé dans le casier de Suzie Barclay pourrait peut-être avoir un rapport avec une forme de sorcellerie ou d’occultisme. Je l’ai appelé et il m’a dit qu’il pouvait sans doute nous aider. Il nous attend dans une heure.

- Maintenant ? Il est tard.

- Je lui ai dit que le temps presse, qu’il nous fallait avancer dans l’affaire. Bref, j’ai joué de mon charme habituel.

Carolyn sourit. Même épuisée, KC arrivait encore à plaisanter.

- Allons-y !

 

La boutique de Seamus Berson était située à Yellow Side, dans les vieux quartiers de White River. Avec ses rues pavées, impossible d’y circuler en voiture.

Carolyn et KC laissèrent leur voiture sur un parking, au bord de la rivière, et empruntèrent à pieds le dédale de ruelles faiblement éclairées.

Suivant les indications laissées par l’homme avec qui elles avaient rendez-vous, elles bifurquèrent à droite après un restaurant de spécialités de fruits de mer et se retrouvèrent dans une rue très étroite et peu rassurante pour deux femmes seules.

Quelques mètres plus loin, sur leur droite, elles reconnurent la vitrine de Seamus Berson car c’était la seule qui était encore éclairée. Elle était nichée entre une cordonnerie et une boulangerie. Son enseigne, peinte à la main, indiquait : « Le temps passé »

La porte était fermée à clé, mais le propriétaire avait dû guetter les deux femmes car il vint leur ouvrir immédiatement.

Seamus était un homme petit, avec une barbe blanche fournie. Il devait approcher les soixante-dix ans. Il portait un gilet gris bien trop long pour lui, un pantalon en toile beige et un bonnet de laine sur le crâne venait compléter la panoplie. Son sourire découvrit des dents gâtées.

Il fit entrer les deux femmes. Une forte odeur de rance imprégnait la pièce. Une pièce encombrée d’objets de toutes sortes. Il y en avait partout, dans tous les recoins. Les allées du magasin ne pouvaient être empruntées que par une seule personne à la fois tant elles étaient étroites.

- Bienvenue au paradis du temps passé, s’exclama-t-il.

Il avait une voix rauque et Carolyn devina que c’était dû à un excès de nicotine.

Il conduisit l’avocate et la détective derrière un vieux rideau vert troué qui séparait le comptoir d’un petit débarras sans fenêtre. Une ampoule diffusant une faible lumière était pendue au plafond. On pouvait considérer cette petite pièce comme le bureau administratif du vieil homme. Des classeurs traînaient à même le sol. Sur un petit plan de travail s’amoncelaient des factures, bons de commande et promesses de ventes de toutes sortes.

Au fond de la minuscule pièce était juchée une armoire dont il était impossible de fermer les portes tant les papiers qui y avaient élus domicile saillaient de toute part.

- Excusez-moi pour tout ce fouillis, s’excusa Seamus en dégageant des classeurs des deux chaises pour y faire asseoir les deux femmes. Lorsque mon épouse était encore de ce monde, elle s’occupait de la paperasse. Moi, ce n’est pas mon fort.

Il s’assit à la table, en face de KC et Carolyn. Ses yeux brillaient. Il était de toute évidence ravi d’avoir de la compagnie.

- Ce qui m’intéresse, ce sont les vieux objets de toutes sortes. Tout ce que l’on retrouve dans les greniers. Vous savez, il existe dans chaque grenier des trésors dont on ignore la valeur. Cette semaine, un homme est venu avec un carton complet d’objets qui avaient appartenus à sa grand-mère et qu’il stockait dans son grenier depuis des lustres. Il déménage et ne veut pas s’encombrer de vieux trucs. Savez-vous ce qu’il y avait dans ce carton ?

Il laissa planer le suspense. Carolyn et KC secouèrent la tête en même temps.

Seamus sortit alors d’un large tiroir de son bureau une boite à musique. Carolyn roula des yeux. Elle était magnifique. Le coffre était en bois poli. Le vieillard l’ouvrit et un petit manège de chevaux de bois se mit à tournoyer sur une musique qui berçait doucement les oreilles.

- Elle n’était pas dans cet état-là lorsque je l’ai récupéré. Je l’ai nettoyé, et j’ai réparé certaines pièces. Regardez ce qu’il y a écrit à l’intérieur.

Les deux femmes se penchèrent vers l’objet. A l’intérieur du couvercle était inscrit dans le bois « A ma chère Elodie pour ces dix ans. Ton grand-père qui t’adore ». En dessous, une date : 16 juillet 1897.

- C’est à peine croyable, souffla Carolyn.

- Cet objet date du siècle dernier, dit KC.

Seamus acquiesça.

- Chaque objet a une histoire à raconter. Cette petite Elodie a grandi. Elle a transmis ce précieux cadeau d’un homme qu’elle aimait profondément à un membre de sa famille, qui ensuite l’a offert à un autre membre de la famille, etc. Cette petite boite a traversé le siècle, elle est passée de mains en mains, a connu les plus grands mystères de notre siècle, a survécu aux bombardements des atroces guerres mondiales. Un objet de ce genre est un témoignage du temps, de notre histoire.

Seamus se leva péniblement (l’arthrose sans doute) et reposa délicatement l’objet sur une petite étagère près du bureau.

- Et un jour, un homme qui n’a pas la fibre familiale décide de s’en débarrasser. L’objet devient orphelin et mon rôle à moi est de lui trouver une nouvelle famille. Et lorsqu’en expliquant l’histoire de l’objet, sa relation avec le passé, je vois des yeux briller d’attention et d’émotion, alors je sais que mon but a été atteint et que l’appareil retrouvera une place d’honneur.

L’homme parlait avec une voix vibrante d'émotion. Sa boutique, c’était toute sa vie.

- « Le temps passé » est en quelque sorte l’orphelinat des objets de toutes sortes, conclut-il.

Carolyn n’arrivait pas à quitter les yeux de la boite à musique juchée sur son étagère.

Ce fut finalement Seamus qui en vint à leur visite.

- Fort bien. Que puis-je pour vous, mesdames ?

KC sortit de son sac les photos qu’elle avait prises du casier de Suzie Barclay.

Seamus les étudia attentivement.

Les clichés montraient un squelette revêtu d’une cape noire. Le genre de figurine qui décore abondamment les vitrines en période d’Halloween.

Le squelette devait mesurer environ cinquante centimètres et tenait debout, suspendu par un fil de coton bleu accroché à la capuche de la cape et relié à un crochet, au plafond du casier.

Les os de la main droite tenaient fermement une faux tandis qu’un sablier était refermé sur ceux de la main gauche.

Entre le plafond et le squelette, une petite paire de ciseaux était accrochée au fil de coton.

Au pied de la figurine se trouvait une montre gousset.

KC avait photographié la scène sous toutes les coutures, agrandissant la faux, le sablier, le fil de coton, la paire de ciseaux.

Seamus passait d’un cliché à l’autre avec une mine de plus en plus perplexe.

- Halloween est encore loin. Mais j’espère que celui qui a posé cette figurine ici n’est qu’un simple plaisantin...

- Je ne crois pas que nous ayons affaire à un plaisantin, dit KC.

Seamus leva les yeux vers les deux femmes.

- Alors il y a un problème.

Carolyn sentit une goutte de sueur perler de son front.

- Que représente cette figurine, Monsieur Berson ?

- La mort…

La voix rocailleuse du vieil homme vint percuter de plein fouet tous les sens de Carolyn. Son cœur fit un bond dans la poitrine. Elle le savait depuis le début, mais il restait peut-être une infime chance qu’elle puisse se tromper. Cette chance, Seamus venait de la détruire en deux mots.

Le vandale de la salle de classe de Suzie Barclay allait prochainement tuer. C’était pour elle désormais une certitude.

Carolyn sentit ses tripes se retourner. Elle avait la bouche sèche, et, au prix d’un gros effort, parvint à murmurer :

- Pouvez-vous être plus précis ?

- La mort est généralement représentée par des personnages effrayants. Le plus connu dans nos pays est le squelette revêtu d’une cape noire avec un capuchon, comme sur cette photo. Ce squelette que vous voyez symbolise la mort.

- Et la faux qu’il tient dans la main ?, demanda KC

- Une mort violente. La crainte de la mort aussi. Car on sait qu’elle va arriver, mais on ignore quand. Cependant, elle est inéluctable. Donc elle fait peur. Parfois, le squelette porte un trident ou une épée. La faux, elle, coupe tout ce qu’elle trouve sur son passage. C’est la représentation la plus réelle de la mort violente.

Carolyn passa une main sur ses joues brulantes.

Seamus continua :

- Le sablier évoque la brièveté de la vie.

KC remua sur sa chaise.

- Et le fil de coton ?

Seamus secoua la tête.

- Ca, je l’ignore.

- La personne qui a déposé la figurine dans ce casier a déjà vandalisé une salle entière. Elle y a déposé du fil de coton autour des pieds des tables et des chaises renversées, comme si elle tissait une toile.

- Le fil de coton n’évoque rien pour moi. Mais je pense qu’il y a un élément récurrent dans tout ceci.

- A quoi pensez-vous ?

- Au temps.

Carolyn fronça les sourcils.

- Je ne vous suis pas…

- Le sablier, la montre gousset, peut-être même le fil… Tout a un rapport avec le temps. Comme si… comme si la personne qui avait déposé ces objets voulait avertir sa victime que ce n’était plus qu’une question de temps.

Carolyn déglutit.

- Monsieur Berson, le mécanisme de la montre gousset était monté à l’envers. Comme si on voulait remonter le temps.

Seamus leva les mains d’un geste impuissant.

- Je ne sais pas, vraiment. Mais cette scène m’intrigue. Et ce fil de coton également. Vous avez attisé ma curiosité. Je vais essayer d’en savoir un peu plus. Laissez-moi donc vos coordonnées, je vous rappellerais sans faute si je trouve quelque chose d’intéressant.

Carolyn tendit sa carte au vieil homme et les deux femmes prirent congés.

Seules dans les rues pavées de Yellow Side, elles marchèrent en silence dans la nuit étoilée, enveloppées dans une fine couche de brouillard et perdues dans leurs pensées les plus sombres.

 

A suivre...

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Betty 25/07/2014 08:50

Le suspens est toujours là... J'attends la suite avec impatience, vivement jeudi...
Bonne journée

Mr. Peyton 25/07/2014 18:05

Merci beaucoup pour votre fidélité. En espérant que vous trouverez la suite aussi bonne :-)
Bon weekend

Marie A 24/07/2014 22:28

Magnifique le passage de la boîte à musique... enfin non, magnifique tout court :-)

Mr. Peyton 25/07/2014 18:05

Merci ;-)
Je me suis appliqué pour ce chapitre. Content de savoir qu'il a suscité de l'intérêt.