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L'Univers de Peyton Place - Fanfictions

Le fil du temps #7

Précédemment...
KC essaie d’en savoir plus sur le fil de coton retrouvé dans la salle de classe vandalisée. Elle apprend alors que la mère de Sandy Frances tient une mercerie où l’on peut se procurer ce type de fil. Elle s’y rend et essaie de savoir qui, à l’école, a pu en acheter. Elle est étonnée d'apprendre que la mère de Sandy en a vendu à la Directrice de l'école, Ellen Highlay...

Le fil du temps #7

- C’est insensé ! 

Assise à une table de la cafétéria de la Highlay High School, Carolyn secouait la tête de droite à gauche.

En face d’elle, KC finissait son sixième café de la journée.

- Je ne fais que répéter ce qu’a dit la mère de Sandy.

- Franchement, KC. Est-ce que tu vois cette vieille bique de Highlay passer ses soirées à tricoter ?

Elles étaient assises à l’écart, près de la fenêtre. KC admirait la vue qui s’offrait à elle. Les chênes d’un vert éclatant en cette période, et plus loin, le terrain de sport cerné par de hauts cyprès. Un endroit tellement accueillant qu’il était difficile de penser que, deux étages au-dessus d’elles, une salle de classe avait été ravagée par la haine ou la folie d’une personne.

- D’après Mme Frances, elle a acheté de quoi faire un gilet. Ce qui a été utilisé dans la salle ne faisait pas une demi-pelote.

- N’oublie pas que le vandale doit recommencer.

KC secoua la tête.

- Ça ne tient pas debout. Pourquoi la directrice qui chérie tellement son établissement en viendrait-elle à saccager une salle de classe et à s’en prendre à un de ses professeurs ?

- Peut-être qu’elle veut se débarrasser de Suzie Barclay. Je te rappelle que ses cours ne sont pas très orthodoxes. Elle a peut-être reçu des plaintes des élèves… voire des parents.

KC haussa les épaules. « Si Mme Highlay veut virer un prof, elle n’a pas besoin de faire tout ce cinéma.

- Sauf si elle a peur que la prof en question porte plainte pour licenciement abusif. Elle espère lui faire suffisamment peur pour qu’elle quitte l’établissement.

KC secoua la tête.

- Je ne suis pas convaincue par ce que tu dis…

- Moi non plus.

Elles restèrent silencieuses un petit moment, puis Carolyn reprit.

- Et si c’est plutôt après Chrissie qu’elle en a ? Elle semble déterminée à vouloir la renvoyer, sans même avoir une preuve de sa culpabilité. J’ai mis ça sur le compte de sa froideur… Mais si elle voulait se débarrasser de Chrissie ?

- Pourquoi ?

- Parce qu’elle est difficilement gérable. Elle part au quart de tour pour un oui, pour un non. C’est un élément perturbateur pour la réputation de l’établissement. Ça paraît difficile de la renvoyer sans apporter une raison valable. Avec ce saccage, elle a une raison valable.

KC soupira et replongea dans la superbe vue sauvage de l’extérieur. Cette beauté naturelle l’aidait à réfléchir.

- Le fil est fragile, mais il se tient. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

- On va aller dire deux mots à notre hôtesse. Et ensuite, on ira voir Sandy. Je n’ai pas pu lui parler avant, elle était en cours. Elle sera libre à onze heures.

 

Tandis qu’elles se rendaient au bureau de la directrice, KC demanda :

- De ton côté, ça donne quoi ?

- Comme je n’ai pu interroger personne, je suis allée consulter les dossiers de Justine Messer et Sandy Frances.

- Et ?...

- Justine est une fille complètement artificielle. Et ça transparait dans ses notes. Elle n’a la moyenne qu’en sport. Ses professeurs se plaignent de son manque de concentration, de sa passivité en cours et de son désintérêt pour l’ensemble des matières. Un professeur a même écrit : ‘ne confondez pas cours de français avec cours d’esthétisme. Merci de ne plus vous maquiller en cours.’

KC se mit à rire.

- Highlay devait être ravie.

- Elle est surtout ravie des chèques des parents qu’elle reçoit chaque fin de mois. On pardonne beaucoup de chose avec des chèques.

- Et pour la jeune Frances ?

- Bonne élève. Environ 15 de moyenne. Parmi les remarques, on note ‘timide’, ‘peu bavarde’, ‘devrait participer davantage en cours’. On a aussi reproché à Justine et Sandy d’avoir remis des copies identiques. L’une a triché sur l’autre. Inutile de te préciser laquelle.

- Ces deux filles sont aussi différentes qu’elles sont inséparables.

- Tu sais ce qu’on dit : les opposés s’attirent.

 

Cette fois, Carolyn frappa à la porte du bureau d’Ellen Highlay, qui leur somma d’entrer.

Elles trouvèrent la directrice, toujours aussi droite sur son fauteuil, occupée à rédiger ce qui semblait être un bon de commande.

Carolyn songea à une caricature : la femme droite devant son plan de travail, concentrée sur une chose qui ne demandait pas forcément de concentration particulière.

Highlay leva la tête et accueillit les deux femmes de son habituel regard froid. Carolyn n’aurait su dire si ses gestes étaient étudiés, ou bien alors mécaniques. Ou peut-être les deux. En tout cas, ils n’étaient nullement naturels.

- Du nouveau ?, demanda la patronne de l’établissement.

Carolyn prit la parole.

- Nous vous avions dit avoir trouvé du fil de coton bleu pastel enroulé et relié aux extrémités des chaises et tables renversées. 

- Oui, je m’en souviens.

- Vous n’avez rien à nous dire à ce sujet ?

Highlay haussa les épaules :

- Que voulez-vous que je vous dise ?

- La pelote de coton semble venir de la Mercerie de chez Martha Frances.

Soudain, la directrice comprit où Carolyn voulait en venir. Son visage se contracta un instant, puis elle éclata d’un rire glacial qui mit mal à l’aise les deux femmes.

- Vous pensez… vous pensez que c’est moi qui ait tissé ce fil de coton dans la salle de classe ? Vous croyez vraiment que je suis la responsable de ce saccage ? Vous plaisantez, j’espère !

- Nous relevons des faits, c’est tout. Il se trouve que vous êtes en possession des mêmes pelotes qui ont servi au vandale.

KC tenta de tempérer l’affrontement. Car c’était un affrontement :

- Peut-être vous a-t-on dérobé une pelote ?

Highlay ouvrit un tiroir de son bureau, en saisit une clé, se leva et se dirigea vers une armoire en chêne massif située au fond de la pièce.

- Je sais ce que vous pensez. Une femme ‘comme moi’ ne peut pas s’adonner à une tache aussi basique que le tricot… n’est-ce pas ?

Elle ouvrit la porte de l’armoire et en sortit un gilet dont les mailles étaient encore prises dans les aiguilles, ainsi qu’une pelote de coton restant dans un sachet.

Elle jeta le tout sur le bureau.

- Tout est là ! Rien n’a été dérobé.

Carolyn et KC regardaient le tricot sans trouver les mots pour parler.

- Je sais ce que tout le monde pense de moi : je suis une femme froide, sans sentiment, qui ne pense qu’à son travail et à rien d’autre. En somme, une bête de travail. Je ne vous en veux pas, je fais tout pour que les gens pensent cela de moi. C’est une carapace. Je suis une femme, j’ai sous ma responsabilité trois cents élèves et trente et un professeurs. Vous n’ignorez pas combien il est difficile pour une femme d’être prise au sérieux quand on occupe un poste à responsabilité. Je me dois de me montrer ainsi aux gens, sinon je me ferais dévorer à la première occasion.

Elle saisit le tricot non fini et continua :

- Mais je suis une femme. Une femme qui a des passions. Celle-ci me vient de ma grand-mère. Quand j’étais enfant, j’adorais me blottir contre elle et sentir les aiguilles se frotter l’une contre l’autre. J’avais un sentiment de paix, de sérénité. Elle m’a appris le tricot. Et chaque fois que je suis un peu stressée, je sors mon matériel et je me mets à tricoter. C’est ma façon à moi de gérer mes émotions. De me déconnecter des problèmes de la vie quotidienne. Et croyez-moi, ça fonctionne très bien.

Un silence s’installa, rompu par Carolyn :

- Vous devez comprendre que nous essayons de trouver des pistes.

- Ce que je comprends, c’est que vous n’avez absolument rien trouvé. Votre esprit échafaude des scénarios plus extravagants les uns que les autres. Alors qu’en fait, tout est d’une simplicité et d’une logique implacable : Chrissie Jones est coupable. Elle est difficilement gérable, elle s’énerve très facilement. Je connais mes élèves, et je ne vois personne d’autre qu’elle pour saccager une salle de classe.

Carolyn se pencha vers elle :

- Ce n’est pas elle, et j’en apporterais la preuve.

Highlay lui offrit un sourire sans joie :

- Vous pensez comme une avocate. Ce qui me fait croire que vous en êtes une excellente. Ce que vous voulez, c’est innocenter une cliente qui est sans doute coupable.

- Un suspect est présumé innocent tant qu’on n’a pas établi la preuve de sa culpabilité.

- Encore une réponse d’avocat.

Carolyn et KC s’apprêtaient à partir lorsqu’Ellen Highlay leur dit :

- Une dernière chose : au moment où a eu lieu la mise à sac de la salle de classe, j’étais à mon club de tricot. Dix personnes pourront le confirmer. Et si vous voulez un conseil : ne rentrez jamais dans la police, parce que sinon, je ne donnerais pas cher de la peau des innocents.

 

En sortant, Carolyn claqua la porte.

- Non mais, pour qui elle se prend ? Elle pense avoir les réponses à toutes les questions !

- Elle a raison sur un point, dit KC. On ferait de piètres flics. La première chose qu’on aurait dû faire était de lui demander si elle avait un alibi. Nous n’y avons même pas pensé.

- Elle a une perception fausse de la justice. Elle condamne avant d’avoir des preuves. Alors qu’elle ne vienne pas nous donner de leçons.

Visiblement, Carolyn était remontée contre la directrice.

KC haussa les épaules.

- Toujours est-il qu’on revient au point de départ.

Une fois dans le couloir, la sonnette annonçant la fin des cours retentit. KC se tourna vers Carolyn.

- Il est temps d’avoir une petite discussion avec Sandy Frances.

 

A suivre...

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Commenter cet article

Marie A 19/06/2014 21:41

Mais c'est qu'elle devient sympathique, cette Mme Highlay, avec son tricot ! (Mais qu'elle explique comment sa grand-maman pouvait tricoter en ayant une petite fille lovée contre elle ? Même avec la technique *française*, ça doit pas être confortable ;-)... mais bon, l'amour d'une grand-mère aide à supporter bien des désagréments...)

Quoi qu'il en soit, l'enquête est passionnante !

Mr. Peyton 22/06/2014 18:20

Merci. Il ne me reste qu'à espérer que la suite te passionnera autant :-)